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| La Presse, 13 juin 1900 |
Le 12 juin 1900, c'est la consternation à Saint-Lambert, sur la rive sud de Montréal: durant la nuit des malfaiteurs ont pénétré à l'intérieur de l'église catholique, ont forcé la porte du tabernacle, et ont dérobé le ciboire qui s'y trouvait. Le ciboire lui-même n'a pas une énorme valeur monétaire ("une quinzaine de piastres"); les fidèles sont surtout scandalisés par la disparition de la cinquantaine d'hosties consacrées qui se trouvaient à l'intérieur du ciboire.
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| L'église de St-Lambert, où le ciboire a été dérobé (La Presse, 14 juin 1900) |
Avant de poursuivre, clarifions un peu ce vocabulaire spécialisé:
- L'hostie est un petit cercle de pain sans levain qui est partagé aux fidèles au moment de la communion. Selon la doctrine catholique, l'hostie devient le corps du Christ lorsqu'elle est consacrée.
- Le ciboire est un vase, généralement muni d'un couvercle, qui renferme les hosties consacrées (à ne pas confondre avec le calice qui, lui contient le vin).
- Le tabernacle est le meuble dans lequel le ciboire est entreposé après la communion.
Le lendemain du vol, un étrange individu nommé Louis Eumène, 22 ans, se présente à quelques reprises au presbytère de Saint-Lambert, insistant pour rencontrer le curé F. X. Rabeau. Lorsqu'il parvient finalement à rencontrer le curé, il lui demande à être confessé. Il lui dit alors "Je connais l'homme qui a volé le ciboire. Donnez-moi $500 et je vous le déclare".
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| Louis Eumène (La Presse, 29 mars 1904_ |
$500 en 1900, ça correspond à au moins $15 000 en dollars d'aujourd'hui! Eumène se croit probablement protégé par le secret de la confession: un prêtre ne peut pas révéler un crime qui lui a été communiqué pendant la confession. Cependant, un petit détail d'ordre théologique a échappé à Louis Eumène: le secret de la confession s'applique uniquement aux péchés révélés au prêtre dans le but d'obtenir l'absolution. Même si Eumène a demandé à être confessé, sa tentative d'extorsion n'est pas une véritable confession.
Le curé Rabeau fait semblant qu'il consent à payer la somme exigée, et demande à Eumène de patienter pendant qu'il va chercher l'argent. Mais l'éclésiastique en profite plutôt pour donner l'alerte en sonnant le tocsin. Eumène déguerpit, mais on ne tarde pas à le retrouver; il est mis en prison.
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| La Presse, 26 juin 1900 |
Louis Eumène clame son innocence: il n'a pas volé le ciboire, mais il a fortuitement rencontré les voleurs alors qu'ils tentaient de le dissimuler, et il a simplement accepté de servir d'intermédiaire afin que le curé récupère son bien. Pour montrer sa bonne foi, il conduit les policiers près de la voie ferrée, où on retrouve le ciboire, enfoui dans le sable. Le ciboire ne contient plus que 14 hosties, soit beaucoup moins que ce qu'il contenait avant d'être dérobé.
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| La Presse, 28 juin 1900 |
Lors du procès, le juge F.X. Choquet ne croit pas l'histoire des voleurs rencontrés fortuitement: il déclare que Louis Eumène est coupable d'avoir volé le ciboire dans l'église de St-Lambert.
"Je considère votre crime même pis que le meurtre. (...) Vous êtes un être excessivement dangereux pour la société. Vous avez commis un scandale, qui fait insulte aux sentiments de la majeure partie de la population." (La Presse, 28 juin 1900)
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| La Presse, 5 juillet 1900 |
Le juge Choquet préfère attendre quelques jours avant de prononcer la sentence, question de vérifier les antécédents de Louis Eumène. Sage décision! Malgré son intérêt pour les objets religieux, Eumène ne semble pas être un enfant de coeur!
"On a trouvé à votre domicile, des fioles de liquides contenant des poisons violents, tels que la vitriole, avec les appareils nécessaires pour la lancer à la figure des passants. Il est bien rare qu'un Français quitte son pays sans être muni d'un passeport. Vous n'en avez pas produit ici. Vous n'êtes pas seulement un voleur, mais je vous considère un être dangereux pour la société." (La Presse, 5 juillet 1900).
Le 5 juillet 1900, Louis Eumène est donc condamné à 6 ans de pénitencier.
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| La Presse, 28 mars 1904 |
Environ 4 ans plus tard, le 28 mars 1904, Louis Eumène figure à nouveau en première page des journaux: alors qu'ils effectuaient des travaux à l'extérieur de la prison, Louis Eumène et Jos Filiatrault frappent à coups de pelle Paul Blondin, gardien du pénitencier Saint-Vincent-de-Paul. Ils dérobent sa carabine et son révolver, et prennent la clé des champs!
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| Le gardien de prison Paul Blondin (La Presse, 31 mars 1904) |
Des recherches intensives sont organisées. Les deux évadés se cachent quelques jours dans la forêt, puis entrent par effraction dans le garde-manger de Mathias Legris, où ils dérobent 8 tourtières et un roti de porc. Ils volent le cheval et la voiture d'Ovide Charbonneau, un cultivateur de Saint-François-de-Sales et s'en servent pour se rendre à Montréal, où ils sont temporairement hébergés par Henri Filiatrault, le frère de Jos.
Louis Eumène est finalement arrêté à Plattsburg dans un train de marchandise. Sa cavale n'aura donc duré que quelques jours. Mais Jos Filiatrault ne sera jamais retrouvé!
Louis Eumène retourne donc au pénitencier Saint-Vincent-de-Paul. À cause de son évasion, il est condamné à passer 10 années supplémentaires derrières les barreaux.
Et ce n'est pas la fin de l'histoire: le 26 janvier 1906, on apprend que Louis Eumène a tenté de s'évader à deux reprise au cours du dernier mois!
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| La Presse, 26 janvier 1906 |
Dans un premier temps, lui et Vincenzo Nucci, un autre prisonnier, se sont habilement éclipsés d'une répétition de la chorale, dont ils étaient membres, et ont tenté de percer un trou dans le toit de la chapelle!
Quelques jours plus tard, intrigué par des bruits nocturnes, un gardien a découvert qu'Eumène avait réussi à percer un trou dans un mur de sa cellule, en utilisant l'anse d'un seau comme outil.
Suite à ces deux nouvelles tentatives d'évasion, Louis Eumène a été obligé de porter pendant les 6 mois suivants une lourde "botte d'Orégon" pesant plus de 25 livres (10 kg).
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| La botte d'Oregon (La Presse, 26 janvier 1906) |
Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)
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