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Gérard Côté, quatre fois champion du marathon de Boston (1940-48)

Dans les années 1940, le meilleur marathonien en Amérique du Nord est un résident de Saint-Hyacinthe: Gérard Côté a remporté quatre fois le marathon de Boston, et trois fois le marathon Yonkers.

Gérard Côté (Le Samedi, 15 février 1941)


Né en 1913 à Saint-Barnabé Sud, Gérard Côté a grandi sur une ferme avant de s'établir dans la municipalité voisine de Saint-Hyacinthe.

Il remporte sa première course à pied en 1931, franchissant en 1 heure et 11 minutes la distance de 18 km qui sépare Sainte-Madeleine de Saint-Hyacinthe.

Pendant les années qui suivent, Gérard Côté profite de toutes les occasions qui se présentent pour démontrer son endurance: des compétitions de course à pied, bien sûr, mais aussi des courses de longue distance en raquette, et même des épreuves de patin à roulettes!  

"Gérard Côté de St-Hyacinthe a gagné la course de 28 heures en patins à roulettes disputée le 16 et 17 décembre dernier à Granby. Gérard Côté prendra part à la course en raquettes de Hull à Montréal cet hiver." (La Presse du 27 décembre 1932)

Le journal "Le Clairon" du 21 octobre 1932 relate une course entre Gérard Côté et un cheval, dont l'enjeu est de 25 dollars (c'est le cheval qui a gagné la course).

La participation de Côté à ces spectacles sportifs inusités ne dure qu'un temps. Pendant l'essentiel de sa carrière sportive, il se consacrera au marathon pendant la belle saison, et aux courses en raquette pendant l'hiver.


Le marathonien Gérard Côté
(La Patrie, 19 avril 1943 et 25 octobre 1936)


Marathons

À partir de 1935, Côté participe régulièrement à des marathons d'envergure au Canada et aux États-Unis. En octobre 1936, il remporte le marathon "Chiclets" de Montréal en 2 h 40 m 21 s, soit 7 minutes d'avance sur son plus proche poursuivant, établissant un nouveau record québécois. 

La Presse, 26 octobre 1936

Ses premières participations aux marathons de Boston et de Yonkers (à New York) sont encourageants. Dans le cas de Yonkers, Côté termine deuxième quatre fois de suite: en 1936, en 1937, en 1938 et en 1939.

Dans les jours qui précèdent le marathon de Boston de 1938, Gérard Côté est unanimement considéré comme un des favoris pour remporter la course. Accablé par la chaleur, il doit toutefois se contenter d'une décevante 8e place.

 Gérard Côté et John Kelley lors du marathon de Boston en 1938 
(Le Petit Journal, 24 avril 1938)

L'envoyé spécial du Petit Journal accuse alors les organisateurs du marathon de Boston d'avoir volontairement défavorisé le coureur québécois. Il explique que l'équipe qui accompagnait Côté a tenté en vain d'obtenir un drapeau qui leur aurait permis de suivre les coureurs en automobile afin de fournir de l'eau à Côté et lui prodiguer des conseils. Les organisateurs ont prétendu que ces drapeaux étaient strictement réservés aux officiels de la course, mais ils en ont fourni sans problème aux entraîneurs des coureurs de Boston. 

"Gérard n'eût pratiquement aucun appui puisque Brosseau eût toutes les difficultés du monde à l'approcher. Il n'eût aucun secours également et ce n'est pas surprenant du tout qu'il ait terminé la course épuisé et qu'il perdit connaissance après l'arrivée. De plus, dans l'épreuve même, on fit toutes sortes de difficultés à Côté parce qu'on craignait ce dernier." (Le Petit Journal, 24 avril 1938)

Victoires

C'est en 1940, à l'âge de 26 ans, que Gérard Côté connaît enfin la consécration au niveau international, remportant la même années le marathon de Boston et le marathon de Yonkers. 

La Presse, 20 avril 1940

Dans le cas du marathon de Boston, tenu le 19 avril 1940, il établit un nouveau record pour cette course, soit 2 heures, 28 minutes et 28 secondes.

"En aucun temps, je n'ai eu de misère. Je n'ai souffert d'aucun malaise et du commencement à la fin, j'étais confiant de gagner. Je savais que je ne pouvais pas désappointer pour la cinquième fois de suite à Boston. Vers la fin, je me sentais fort et c'est ce qui me décida de déclencher une poussée qui me valut la victoire et un record." (La Parie, 28 avril 1940)

Gérard Côté au fil d'arrivée du marathon de Boston en 1940
(La Presse, 22 avril 1940)

À son retour de Boston, Gérard Côté est accueilli triomphalement à Montréal le 26 avril 1940, et à Saint-Hyacinthe le lendemain: défilé dans les rues, banquet...


Suite à sa victoire au marathon de Boston, Gérard Côté
est porté en triomphe à Montréal, à sa sortie du train.
(Le Petit Journal, 28 avril 1940)

Le 10 novembre 1940, Gérard Côté gagne le marathon de Yonkers, après y avoir terminé au 2e rang pendant trois années consécutives. À la fin de ce marathon, Côté aurait pris soin de ne pas battre le record établi par Pat Dengis, décédé l'année précédente dans un écrasement d'avion.

"Côté a pensé à tout cela et quand il a vu madame Dengis qui lui envoyait la main et qui l'encourageait, il s'est dit à lui-même qu'il ne devait pas, en homme d'honneur, abaisser le record d'un si chic type, d'un si fameux coureur que Dengis, surtout quand sa veuve était présente."  (La Patrie, 17 novembre 1940)


La Patrie, 11 novembre 1940

Suite à ces deux importantes victoires, on décerne à Gérard Côté le Trophée Lou-Marsh (athlète par excellence au Canada) et le Trophée Joseph-Cattarinich (athlète canadien-français s'étant le plus illustré au Canada ou aux États-Unis).

Gérard Côté (à gauche) recevant le trophée Jos Cattarinich
(La Presse, 10 février 1941) 

Gerard Côté domine les principaux marathons pendant une bonne partie de la décennie, remportant le marathon de Boston en 1940, 1943, 1944 et 1948, et le marathon de Yonkers en 1940, 1943 et 1946. Il remporte également le premier marathon de Los Angeles en 1948.  Avant chaque marathon, le coureur québécois insiste pour manger un steak. Et il célèbre chaque victoire en fumant un cigare!

À ce jour, seuls trois autres coureurs ont gagné le marathon de Boston aussi souvent que Gérard Côté: Clarence DeMar (7 victoires entre 1911 et 1930) , Bill Rodgers (4 victoires entre 1975 et 1980) et Robert Kipkoech Cheruiyot (4 victoires entre 2003 et 2010)

Côté s'enrôle dans les forces armées canadiennes à la fin de l'année 1942. Le Sergent Côté arbore donc les couleurs de l'armée lors de sa victoire au marathon de Boston de 1943.  L'année suivante, toutefois, lors de sa troisième victoire à Boston, il est forcé de prendre deux semaines de vacances afin de participer au marathon par ses propres moyens. Ses responsabilités militaires l'obligent ensuite à passer la totalité de l'année 1945 en Angleterre.

Gérard Côté (La Presse, 19 avril 1943)

Jeux Olympiques

À son grand regret, Gérard Côté n'a pas connu de succès aux Jeux Olympiques. En 1936, il arrive 5e aux essais olympiques canadiens à Toronto: il ne se qualifie donc pas pour les jeux de Berlin.

Quelques années plus tard, alors qu'il se trouve au sommet de sa forme, la guerre provoque l'annulation des Jeux Olympiques en 1940 et en 1944. 

Côté devra donc patienter jusqu'en août 1948 pour participer à ses seuls Jeux Olympiques, ceux de Londres.  Tous les espoirs sont alors permis, puisque dans les mois précédents, Côté a remporté le marathon de Boston (19 avril) et celui de Los Angeles (21 mai)  mais il termine au 17e rang du marathon olympique, victime d'un claquage à une cuisse.

Le Devoir, 9 août 1948

En 1950 et en 1954, il se qualifie pour les Jeux de l'Empire Britannique, mais il est sur son déclin. Il se classe 11e à Auckland en 1950 et est forcé d'abandonner à Vancouver en 1954 (il a alors 40 ans).


Les marathons de raquette

On imagine difficilement à quel point les courses de raquette étaient populaires au Québec dans la première moitié du 20e siècle. L'événement principal était le Congrès Annuel de l'Union Canadienne et Américaine des Raquetteurs, qui rassemblait plusieurs centaines de raquetteurs du Québec, de l'Ontario et de la Nouvelle-Angleterre.

Le Soleil, 25 janvier 1936

De 1936 à 1944, Gérard Côté a systématiquement remporté une des deux premières places lors du marathon de 10 milles tenu lors de ce congrès annuel: première place en 1936, 1938, 1941, 1942 et 1943, et deuxième place en 1937, 1939, 1940 et 1944. Après son retour d'Angleterre, Côté arrive troisième au congrès de Manchester. New Hampshire, en 1947.

Lors du congrès d'Ottawa, en 1948, Côté arrive en retard à la course suite à une confusion concernant l'endroit du départ. Il participe quand même à la course, mais il est disqualifié pour avoir omis de subir son examen médical. Furieux, Côté annonce qu'il met fin à sa carrière de raquetteur.

Rencontré au début de la semaine, Gérard Côté nous a manifesté sa ferme intention d'abandonner définitivement la course de raquette, à la suite "de l'affront et du honteux traitement dont nous avons été victimes, Lloyd Evans, Lucien Jolin, Paul-Émile Gosselin et moi, au congrès international des raquetteurs, à Ottawa, en fin de semaine. Nous avons, Evans et moi, de dire Côté, contribué plus que quiconque à relever le sport de la raquette depuis une quinzaine d'années en Amérique, gagnant à nous deux 11 des 13 marathons des dernières conventions. C'est une bien piètre façon de reconnaître ce que nous avons fait pour les raquetteurs et, en ce qui me concerne, je ne m'adonnerai plus qu'à la course à pied désormais."  (Le Clairon, 6 février 1948)


Gérard Côté est décédé le 12 juillet 1993 à Saint-Hyacinthe à l'âge de 79 ans.

Le Soleil, 14 juin 1993


Pour en savoir plus


En 2013, Paul Foisy a écrit une excellente biographie de Gérard Côté:


Gérard Côté, 192 000 km au pas de course
par Paul Foisy
Collection kmag
ISBM 978-2-924119-04-4




Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)

 

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Jack Laviolette étoile du hockey, de la crosse, de la course automobile, etc.

Au début du 20e siècle, Jack Laviolette était un des sportifs les plus populaires de Montréal. On se souvient surtout de lui comme membre des Canadiens de Montréal pendant les 9 premières saison de l'équipe, mais il s'est également illustré à la crosse, à la course automobile et à la course en motocyclette ... jusqu'à ce qu'un accident le prive d'un de ses pieds.

Jack Laviolette
(Bibliothèque et Archives Canada)
 

Né à Belleville, en Ontario en 1879, il s'est toujours fait appeler Jack même si son véritable prénom était Jean-Baptiste. Il a appris à patiner très tôt grâce à de rudimentaires patins en bois que son père avait fabriqués.

Alors qu'il a environ 12 ans, sa famille déménage à Valleyfield, où il fait la connaissance de Didier Pitre, qui sera pendant de nombreuses années son coéquipier au hockey et à la crosse.

Jack Laviolette et Didier Pitre
(Bibliothèque et Archives Canada)

Débuts à Montréal (1902-1904)

Arrivé à Montréal pour y gagner sa vie, on sait qu'il a joué pour une équipe de la ligue de hockey de la cité de Montréal pendant la saison 1902-1903.

Les premières mentions de Jack Laviolette dans les journaux québécois datent toutefois de l'été 1903, alors qu'il est membre de l'équipe de crosse du National de Montréal, à la position "attaque intérieure". À cette époque, la crosse est un sport extrêmement populaire, qui attire des foules de quelques milliers de spectateurs.

Jack Laviolette dans l'uniforme du National
(Bibliothèque et Archives Canada)

 "Jack est solide, rapide à la course et très audacieux. C'est une bonne recrue." (Le Journal, 4 juin 1903)

"Le National était privé des services de l'un de ses bons joueurs, Jack Laviolette, que ses occupations empêchaient de jouer. Son absence fut vivement ressentie, et l'on peut supposer que s'il eut été à son poste, le résultat aurait été différent." (La Presse, 21 septembre 1903)

Pendant l'hiver 1903-1904, Jack Laviolette fait toujours partie du National mais, cette fois, à titre de joueur de hockey. Jouant à l'aile gauche,  il marque 8 buts dans une courte saison de 6 parties.  

Hockey aux États-Unis (1904-1907) 

Au début du mois de mars 1904, le club de hockey du National est invité à jouer quelques parties à Sault-Sainte-Marie (il s'agit de Sault Sainte-Marie au Mishigan, et non de Sault-Sainte-Marie en Ontario), et Jack Laviolette ne passe pas inaperçu:

"Les journaux locaux ne cessent de louanger les visiteurs. Pour eux, Laviolette et Prévost sont les plus habiles homme à manier le bâton qu'ils aient jamais vus. Le National a joué un jeu sans reproche, ce que ne peut pas dire le club local." (Le journal, 8 mars 1904)

Cet intérêt des américains envers Laviolette n'est pas anodin: on inaugure à Sault Sainte-Marie une équipe professionnelle de hockey: les Mishigan Soo Indians, qui feront partie de la toute nouvelle International Professional Hockey League. Après avoir joué une deuxième saison avec l'équipe de crosse du National à l'été 1904, Laviolette prend la direction de Sault-Sainte-Marie. 

Jack Laviolette et Didier Pitre en 1908
(Bibliothèque et Archives Canada)

"Jack Laviolette, qui a figuré l'été dernier sur l'équipe du club de crosse Le National et l'hiver dernier sur celle du club de hockey de la même association, partira ce soir pour le Sault Ste-Marie, où il jouera cette saison. C'est là une perte sérieuse, car Jack est un joueur habile et était l'un des favoris du public." (La Presse, 5 décembre 1904)

En compagnie de Didier Pitre, Laviolette joue au hockey pour les Soo Indians pendant trois saisons consécutives, de 1904 à 1907.

"Si je dois exprimer mon avis sur le meilleur joueur complet de la ligue Internationale de hockey, je suis forcé de décerner la palme à Jack Laviolette, du club Michigan Soo. Le seul fait qu'il a rempli trois positions différentes sur cette équipe, au cours d'une même saison, serait un argument suffisant pour lui mériter le titre de meilleur athlète complet que le hockey ait produit. S'il faut rappeler qu'il a brillé dans les trois positions qu'il a remplies, sur l'alignement du Soo, avec un égal succès, qu'il est l'un des plus rapides patineurs, l'un des plus habiles manipulateurs de la rondelle, l'un des plus rudes artisans sur la glace et probablement le plus endurant des athlètes, dans la ligue Internationale, il est clair qu'il paraisse bien qualifié au titre qu'on lui décerne." (Frank Cleveland, cité dans La Partie du 19 janvier 1936)

Même s'il se dit disposé à réintégrer les rangs du club de crosse du National à l'été 1905, les autorités lui refusent ce privilège puisque, ayant été payé pour jouer au hockey pendant l'hiver, il a perdu son titre d'athlète amateur. Cette restriction est levée pour l'été 1906 mais, cette fois, c'est Laviolette qui refuse l'offre du National.

Retour à Montréal...mais avec le Shamrock (1907-1909)

Laviolette ne revient donc à Montréal qu'au printemps 1907, mais de façon permanente, cette fois. Devenu propriétaire d'un bar à Saint-Henri, il ne quittera plus la métropole.

"Jack Laviolette, le célèbre joueur de crosse et de hockey, que les États-Unis nous avaient enlevé, est revenu ce matin à Montréal, après une absence de trois ans. Laviolette jouera cet été pour le National. Il occupera la position d'inside home. Le héros de tant de joutes mémorables est parfaitement en forme, et sera une précieuse acquisition pour notre club. Il est pratiquement certain qu'il ne retournera pas aux États-Unis l'automne prochain, car le National aura une puissante équipe de hockey, et se propose même de se faire construire un patinoir. " (La Presse, 24 avril 1907)

 

Jack Laviolette (La Presse, 30 décembre 1907)

À cette époque, les équipes montréalaises sont divisées par ethnies:  le National est exclusivement formé de joueurs canadiens-français, les irlandais jouent pour le Shamrock, et les anglais jouent pour le Montréal ou pour le Wanderer. Mais Jack Laviolette bouscule l'ordre établi, n'hésitant pas à offrir ses services à l'équipe qui lui offre les meilleures conditions de travail.

Ainsi, après avoir fait bonne figure dans l'équipe de crosse du National pendant l'été 1907, Laviolette cause la surprise en se joignant au Shamrock, l'équipe de hockey des irlandais, pour la saison de hockey 1907-1908. Encore une fois, son ami d'enfance Didier Pitre le suit dans cette aventure. Laviolette jouera deux saisons consécutives pour le Shamrock, à titre de défenseur.

"Les deux célèbres joueurs canadiens-français, Laviolette et Pitre, portaient avant-hier l'uniforme des Shamrocks. Pitre ne resta que très peu de temps sur la glace, étant blessé à la main, mais Laviolette joua une grande partie, et fut l'étoile de la soirée. Il figurait sur la défense, mais il prêta constamment main forte à la division d'attaque et fit de brillantes courses. Il arrêta en outre une foule d'élans du Montréal. Il était le plus rapide patineur dans l'arène, et comme il est extrêmement audacieux, et manie le bâton avec une rare adresse, il provoqua l'enthousiasme et l'admiration de la foules." (La Presse, 30 décembre 1907)

À la crosse, on peut remarquer la même absence de fidélité envers le National, puisque Laviolette signe un contrat avec le club Montréal (un club anglophone) en août 1909. Mais jouera à nouveau à la crosse dans les rangs du National en 1910 et en 1911.

Les Canadiens de Montréal (1909-1918)

En décembre 1909, une nouvelle ligue de hockey est créée: la National Hockey Association, et Laviolette est chargé d'enrôler des joueurs francophone afin de former une nouvelle équipe: les Canadiens! Au départ, Laviolette cumule temporairement les fonctions de joueur, entraîneur et gérant de l'équipe. Il parvient à engager les meilleurs joueurs du National comme Didier Pitre et Édouard "Newsy" Lalonde".

La Presse, 6 décembre 1909
 

Les premières saisons des Canadiens de Montréal sont assez difficiles. Lors de la saison inaugurale de 1909-1910, l'équipe arrive au septième et dernier rang de la ligue, avec 2 victoires et 7 défaites. L'équipe occupera également le dernier rang de la ligue lors des saisons 1911-1912 et 1914-1915.

Avec le Canadien, Jack Laviolette ne remporte la coupe Stanley qu'une seule fois, à la fin de la saison 1915-1916 (malgré un début de saison catastrophique). L'équipe sera également finaliste à deux occasions.

Caricature de Jack Laviolette
(La Presse, 28 décembre 1911)

Lors des premières saisons du Canadien, Laviolette est défenseur. Mais dans les dernières saisons, il joue à l'aile. Contrairement à Pitre et Lalonde, il n'était pas un marqueur particulièrement prolifique. Par contre il était reconnu comme un patineur extrêmement rapide, qui avait le sens du spectacle! 

Ce n'est pas un être humain que l'on voyait sur la glace, c'était un coup de vent, un cyclone, un bolide, qui traversait la patinoire et en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, Jack était rendu d'un bout à l'autre du rond et revenait à son poste. Sauter par-dessus un adversaire, qui était étendu sur la glace, était pour lui un bien petit obstacle et Jack jouait toujours avec une tuque, qui était cependant plus souvent sur la glace que sur sa tête, vu la vitesse à laquelle il filait. (La Patrie, 29 mars 1928)

La Patrie, 26 décembre 1912

Laviolette est certainement l'un des meilleurs joueurs de hockey de l'heure présente. Il passe pour être le plus rapide équipier de la National Hockey Association. Bien qu'on ait souvent dit que ses courses sensationnelles et ses tours d'acrobatie sur la glace étaient faits dans le but d'exciter la galerie, l'assertion est fausse car, il n'est pas un joueur qui déploie plus de sincérité et d'ardeur au jeu que Jack. On doit se rappeler qu'en mille et une occasions, Laviolette a fait preuve d'un courage surhumain pour jouer dans des conditions intenables. Que de fois n'a-t-il pas embarqué sur la glace malade ou estropié! Joueur de coeur et d'une témérité excessive, Jack est devenu l'idole des Canadiens-français qui déploreraient beaucoup de ne pas le voir sur l'équipe du Bleu-Blanc-Rouge, cet hiver.  (Le Droit, 6 décembre 1916)

Pendant toute sa carrière sportive, Laviolette s'assurera d'obtenir le meilleur salaire possible pour ses services. Chaque année, en décembre, il est souvent le dernier joueur du Canadien à signer son contrat, laissant entendre qu'il pourrait bien jouer ailleurs, ou s'adonner à des occupations plus lucratives.

 

Le Droit, 6 décembre 1916

Courses d'automobiles et de motocyclettes (1913-1919)

À partir de l'automne 1913, Jack Laviolette délaisse la crosse et devient pilote de course automobile, et pilote de motocyclettes de course. La plupart de ses courses on lieu le dimanche au Parc Delorimier. 

Jack Laviolette et sa Mercer (La Patrie, 18 juin 1915)

 

Laviolette est considéré comme un pilote habile, mais extrêmement téméraire. Les accidents ne sont pas rares. Dès sa première course publique, le 5 octobre 1913, il est forcé d'abandonner après que son bolide ait foncé dans la palissade.

 

La Presse, 6 octobre 1913

Jack Laviolette et Sprague Cleghorn, deux étoiles montréalaises du hockey, sont devenus des amateurs enragés de la motocyclette. Laviolette a fait une mauvaise chute, dimanche dernier, au Parc Delorimier. Mais quiconque l'a déjà vu jouer dans une partie de hockey, sauter une vingtaine de pieds au loin et retomber presque la tête sur la glace, peut très bien imaginer que ce fut presqu'un amusement pour l'ami Jack. (Le Droit, 14 juillet 1914) 

 

Jack Laviolette à moto (L'autorité, 28 août 1915)

"(...) Laviolette n'a échappé à la mort comme par miracle. Après avoir dépassé Tuft au premier tour de leur course, sa voiture dérapa, et l'auto de Tuft la prenant du flanc la fit culbuter. Jack se trouva sous sa machine, mais ne fut pas écrasé heureusement. On le releva, mais il n'avait aucun membre de brisé. Il avait seulement reçu un rude choc. Il prit part à plusieurs épreuves dans la suite. Son auto avait toutefois été mis hors de combat." (La Patrie, 21 septembre 1914)

"Un accident, arrivé à Jack Laviolette, hier, dans la première course en motocyclettes, au parc De Lorimier, a été cause qu'il n'a pu terminer l'épreuve, bien qu'il fût en avant de tous ses concurrents. Un obstacle quelconque, qui se trouvait sur la piste, fit capoter sa machine et Jack se blessa tellement en tombant qu'il ne put continuer sa course."  (Le Devoir 24 septembre 1917)


Accidents routiers (1915 et 1918) 

Téméraire, Laviolette semble l'être aussi lorsqu'il conduit un véhicule dans les rues de Montréal, puisqu'on peut lui attribuer deux accidents avec blessé grave à trois ans d'intervalle, sur la même rue!

En mars 1915, à l'intersection des rues Bourget et Notre-Dame, l'automobile conduite par Laviolette heurte trois piétons. Le plus gravement blessé est le jeune Raoul Doré, qui venait de descendre du tramway. Il a été nécessaire de soulever l'auto pour le dégager, et il souffrait de blessures aux bras, aux jambes et à la tête.

Un autre piéton victime de cet accident, Z. Lalonde, a poursuivi Laviolette en justice, lui réclamant la somme de $150 en dommages et intérêt. Il a finalement obtenu $75 dollars en mai 1916.

La Patrie, 1er avril 1915
 

Le 1er mai 1918, toujours sur la rue Notre-Dame à Montréal, l'automobile conduite par Laviolette heurte un poteau de fer de la compagnie des tramways. Le pied droit de Laviolette est écrasé sous une pédale et doit ensuite être amputé, ce qui met fin à sa carrière de hockeyeur.

Le Devoir, 4 mai 1918

"On ne verra plus Jack Laviolette en uniforme du Canadien; on ne verra plus ce gars rapide, élégant qui jetait la terreur dans le camp ennemi et dont les exploits soulevaient l'enthousiasme des sportsmen. Non, messieurs, Laviolette a vécu comme athlète; à la suite de l'accident d'auto dont nous parlions avant-hier, il lui a fallu se faire amputer un pied. Le passage de ce gladiateur enlève de notre domaine du sport la figure la plus pittoresque et la plus sympathique qu'il soit possible d'imaginer." (Le Droit, 4 mai 1918)

 

Quelques faits divers

  • En juin 1908, Jack Laviolette, son frère Billy et le lutteur Émile Dubois sauvent quatre familles victimes d'un incendie à Saint-Henri.
La Patrie, 12 juin 1908
 

  • En février 1910, l'homme d'affaire Hubert Raymond, ruiné, quitte précipitamment le pays afin de fuir ses créanciers. Il doit $35 000 à l'hôtelier Jack Laviolette.
  • En novembre 1915, Laviolette est accusé pour coups et blessures sur la personne de Raoul Ledoux, un organisateur de courses automobiles. Lors d'une dispute, Laviolette lui a asséné un violent coup de poing qui lui a cassé le nez. Le juge Saint-Cyr condamne Laviolette à une amende... de $2. (Par comparaison, quatre mois plus tard Laviolette devra payer $15 d'amende pour avoir lancé son bâton pendant un match de hockey!).
  • En septembre 1923, un frère de Jack, Henri Laviolette, 47 ans, est abattu par Walter Muir, un américain en état d'hébrété. Pour ce crime, Muir est pendu le 17 juillet 1924 à Valleyfield.

 

Décès (1960)

Qui l'eût cru: notre téméraire casse-cou allait finalement survivre jusqu'à l'âge de 80 ans. Il décède le 10 janvier 1960, une semaine avant la cérémonie organisée au Forum pour inaugurer le 50e anniversaire de la toute première partie du Canadien de Montréal.

La Presse, 11 janvier 1960

"Jack Laviolette considéré jusqu'à l'arrivée du regretté Howie Morenz comme le joueur le plus rapide à avoir évolué dans la Ligue Nationale de hockey est mort dans la nuit de samedi à dimanche, chez lui à Montréal. Il a été trouvé mort par des parents venus le visiter. Il a apparemment succombé à une crise cardiaque." (La Presse, 11 janvier 1960)

 

Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)

 

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Agnès Vautier, hockeyeuse étoile (1915-1919)

De 1915 à 1919, Agnès Vautier, capitaine du Western de Montréal, est sans contredit la meilleure joueuse de hockey montréalaise.

La Presse, 2 décembre 1915

Au début du mois de décembre 1915, on annonce la création de la "Eastern Ladies Hockey League": il s'agit d'une ligue de hockey entièrement féminine, composée de quatre équipes, toutes situées à Montréal: le Western, le North End Stanley, le Maisonneuve Stanley et le Telegraph.

"La ligue a pour but de donner aux jeunes filles un amusement sain et en même temps leur procurer un moyen de continuer leurs exercices physiques en apprenant à bien patiner. Elles propageront ainsi parmi la jeunesse l'amour du patin." (La presse, 2 décembre 1915)

(Mettons-nous un peu dans le contexte: en 1915, la Première Guerre Mondiale fait rage, le conservateur Robert Borden est premier ministre du Canada, les principales vedettes du Canadien de Montréal se nomment Édouard "Newsy" Lalonde et George Vézina, et la LNH n'existe pas encore. Les femmes canadiennes n'ont pas encore le droit de voter aux élections fédérales, ni celui de participer aux Jeux Olympiques.)

Chaque lundi soir, de la mi-décembre 1915 jusqu'à la mi-février 1916, deux parties de la ligue de hockey des dames sont présentées à la patinoire Jubilé, à Montréal, devant quelques centaines de spectateurs.

Dès le départ, une joueuse se révèle particulièrement talentueuse: Agnès Vautier, capitaine du Western. Lors de la saison inaugurale, le Western ne perd aucun match régulier de la ligue (9 victoires, 1 match nul), et Agnès Vautier compte à elle seule la moitié des buts marqués par son équipe. Les joueuses du Western remportent donc le championnat de la saison 1915-16.

Agnès Vautier
(La Patrie, 26  avril 1919)

Les journaux de l'époque ne donnent aucune information sur la vie personnelle des joueuses de la ligue. Selon le document Place aux Femmes publié par la Ville de Montréal, Agnès Vautier serait née en 1896. 

Le Western remporte encore une fois le championnat de la ligue pour la deuxièmes saison, qui s'amorce le 19 décembre 1916. La ligue se nomme désormais "Montreal Ladies Hockey League". Les quatre clubs qui la composent sont maintenant le Western, le Social, le Stanley et le Telegraph.

D'autres joueuses du Western: May Doloro, Daisy Arnold
Lily Scanlan et Ethel Chapman 

Encore une fois, le Western réalise l'exploit de ne perdre aucun match régulier de la ligue montréalaise (8 victoires, 1 défaite) mais, cette fois-ci, Agnès Vautier compte près des trois quarts des buts de son équipe! À deux occasions, le 22 janvier 1917 et le 26 février 1917 elle compte la totalité des buts de son équipe dans une victoire de 5 à 0!

La Presse, 23 janvier 1917


Le Devoir, 27 février 1917


Le Western de Montréal, équipe championne de la saison 1916-17
La Presse, 14 mars 1917

Trop forte pour la ligue montréalaise, Agnès Vautier? On dirait bien! Par contre, elle trouve chaussure à son pied lorsque le Western de Montréal est appelé à affronter deux formidables équipes ontariennes: le Victoria de Cornwall, et les Alerts d'Ottawa.

L'équipe de Cornwall est menée par la prodigieuse Albertine Lapensée, qui a été carrément imbattable pendant la totalité de sa courte carrière de hockeyeuse, qui a duré environ un an.  Je vous conseille vivement la lecture de ce passionnant récit numérique de Radio-Canada qui élucide les raisons de ses exploits et de sa soudaine et mystérieuse disparition, au printemps 1917.

Agnès Vautier et Albertine Lapensée
La Presse, 1er février 1917

À titre de meilleure équipe féminine de hockey de Montréal de la saison 1916-17, le Western affronte Ottawa et Cornwall à quelques reprises dans le cadre de la "ligue des trois villes", avec bien peu de succès.

La Presse, 17 février 1917

Lors de la 3e saison (1917-18), la ligue féminine de hockey subit une radicale transformation, puisqu'elle ne comporte plus que 3 équipes: le Western de Montréal, le Maisonneuve de Montréal et les Alerts d'Ottawa.

Le Devoir, 9 janvier 1918

Les comptes-rendus du premier match de la saison, le 8 janvier 1918 font état d'un certain nombre de bagarres entre les joueuses du Western et celles du Maisonneuve.

"La rencontre a toutefois été marquée par deux ou trois joutes de boxe qui ont mis une excitation intense parmi les spectateurs et ont épicé le spectacle. Ces demoiselles ont démontré qu'elles peuvent au besoin de servir de leurs poings. " (Le Canada, 9 janvier 1918)

Les parties opposant le Western aux Alerts d'Ottawa sont souvent chaudement disputées, mais c'est généralement Ottawa qui a le dessus.

"La joute fut assez rude. Mlle Hagan fut l'étoile de la soirée. Nous conseillerions à ces demoiselles d'aller tricoter plutôt que de se mêler de choses qui sont aussi convenables qu'une danse de Salomé dans un couvent." (Le Droit, 12 janvier 1918)

Toujours mené par Agnès Vautier, le Western jouera quelques autres parties en janvier et février 1919, mais depuis le retrait d'Albertine Lapensée, les journaux y accordent assez peu d'attention. L'incendie de la patinoire Jubilé en avril 1919 semble sonner le glas de ce chapitre du hockey professionnel féminin à Montréal.

Le Canada, 24 avril 1919

En juin 1921, Agnès Vautier a épousé Albert Farmer, qui avait été assistant gérant du Western. Albert Farmer est décédé de troubles cardiaques le 17 septembre 1927. 

Albert Farmer, La Patrie du 19 septembre 1927

Je ne trouve rien dans les archives des journaux concernant Agnès Vautier après la mort de son époux. Selon le document Place aux Femmes publié par la Ville de Montréal, elle est décédée en 1976 à Châteauguay.

Agnès Vautier
(La Patrie, 22 janvier 1919)


P.S.: Francophone, Agnès Vautier?...Pas si sûr.

Dans quelques publications récentes, Agnès Vautier est présentée comme une francophone. Je n'ai rien trouvé dans les journaux de l'époque qui confirme que c'était le cas. Au contraire: dans le recensement fédéral de 1921, on retrouve une Agnes Marie Vautier âgée de 20 ans, fille de Philip et Marie Vautier. D'après ce document, Agnès s'exprimait en anglais. L'adresse indiquée dans ce recensement concorde parfaitement avec celle qui figure dans un entrefilet du Journal La Patrie du 10 avril 1918, ce qui me permet de croire qu'il s'agit de la bonne personne.


Recensement de 1921


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Étienne Desmarteau, policier et champion olympique (1904)

Médaillé d'or au lancer du poids de 56 livres lors des Jeux Olympiques de Saint-Louis en 1904, Étienne Desmarteau est le premier athlète québécois à avoir remporté une médaille olympique.

Temple de la Renommée du Hockey / Bibliothèque Archives Canada / PA-050259
 

Étienne Desmarteau est né à Boucherville le 4 février 1873, mais il a grandi à Montréal. En 1901, à l'âge de 28 ans, il devient policier. Dès l'été 1901, ce colosse de 6 pieds et un pouce (1,85 m) et 225 livres (102 kg) se fait remarquer lors de différents événements athlétiques en représentant l'Association Athlétique Amateure de la Police de Montréal.

Étienne Desmarteau (La Presse, 27 juillet 1905)

Desmarteau se spécialise dans le lancer d'objets lourds et, de façon particulière, le lancer du poids de 56 livres. Cette épreuve, qui n'existe plus de nos jours, consistait à lancer un boulet sphérique de 25 kg muni d'une poignée. L'épreuve principale consistait à lancer le poids le plus loin possible, mais il existait également une épreuve consistant à le lancer le plus haut possible. Le lancer du poids de 56 livres n'a été au programme des jeux olympiques qu'à deux occasions: en 1904 et en 1920.

 

La Presse, 24 juillet 1902

De 1901 à 1905, Étienne Desmarteau participe régulièrement à différentes compétitions athlétiques à Montréal (Tournoi athlétique annuel de l'association de la police de Montréal, tournoi de l'Association des athlètes amateurs de Montréal, tournoi de l'Association écossaise Caledonia), ainsi qu'à Ottawa et à Toronto. Chaque fois, il arrive premier pour le lancer du poids de 56 livres (en distance et en hauteur), tout en se classant parmi les meilleurs pour le lancer du poids de 16 lb, le lancer du marteau de 16 lb,  le lancer du disque et parfois le "caber" (lancer du tronc d'arbre!). Son frère Zacharie, également policier à Montréal, obtient lui aussi beaucoup de succès dans les mêmes disciplines.


Le Journal, 15 septembre 1902

Il se fait particulièrement remarquer à New York, en septembre 1902:

Pour la première fois depuis la découverte de l'Amérique, sans vouloir remonter au déluge, un Canadien-français vient de gagner les honneurs du championnat dans un tournoi athlétique international, et de plus, gloire à notre force municipale, ce canadien est un policeman. Le constable E. Desmarteau, envoyé à New York par la Montreal Police A.A.A. a gagné les championnats junior et senior pour le lancement du let de 56 livres, au tournoi pour le championnat de l'Amateur Athletic Union. Ses concurrents étaient les champions du monde Mitchell et Sheldon, et il les a battus avec facilité. La température étant mauvaise, Desmarteau n'a pu abaisser les records, mais sur un terrain glissant il a lancé le poids, dans le concours junior, à 32 pieds, 6 pouces et dans le concours senior à 33 pieds 6 pouces. Le détenteur du record, Mitchell, est arrivé second avec 32 pieds 5 pouces. C'est une victoire éclatante pour notre champion et s'il continue il pourra défier n'importe qui sans danger. (Le Journal, 15 septembre 1902)

Un timbre poste à l'effigie d'Étienne Desmarteau a été émis par Postes Canada en 1996.  


La consécration survient lors des Jeux Olympiques de 1904, à Saint-Louis. Desmarteau a pourtant passé bien près de ne pas y participer, puisque l'Association Athlétique Amateure de la Police de Montréal refuse de l'y inscrire.

Pourquoi délibérer? L'Association possède probablement le champion du monde: vous devez à vous-même, à la ville, à la race que Desmarteau représente, de donner à ce Canadien de mérite, l'occasion de montrer à l'univers réuni à St-Louis, quels hommes, quels athlètes le Canada peut produire.   (...) Si New York, ou Chicago possédaient Desmarteau, l'argent ne serait jamais un obstacle pour se rendre à St. Louis. Leur champion serait envoyé au concours avec tous les avantages matériels qui pourraient l'aider à vaincre. Il serait accompagné d'une pilote habile, d'un entraîneur de jugement. Ferons-nous moins pour le Canadien qui a battu Mitchell et Flanagan, de New York?  (Dr. J. P. Gadbois, La Presse, 25 juillet 1904)

C'est finalement la M.A.A.A (Montreal Amateur Athletic Association) qui paie son voyage à Saint-Louis.

Les jeux de Saint-Louis se tiennent en même temps que l'Exposition universelle de Saint-Louis (durant laquelle le célèbre géant Beaupré a trouvé la mort). Seulement 12 pays y envoient des athlètes; 523 des 651 participants habitent aux États-Unis

La Patrie, 2 septembre 1904

Aux Jeux Olympiques de Saint-Louis, le 1er septembre 1904, Étienne Desmarteau décroche la médaille d'or pour le lancer du poids de 56 livres, grâce à une distance de 34 pieds et 4 pouces.

La Presse, 6 septembre 1904

"On peut s'attendre maintenant à ce que les associations athlétiques américaine s'empressent de faire des propositions avantageuses à Desmarteau. La M.A.A.A., dont il portait la roue étoilée sur son bourgeron de concours, a droit à notre reconnaissance d'avoir pris soin du vaillant lanceur, alors que l'association athlétique de la police, par une malheureuse majorité, décidait de ne pas envoyer le petit Étienne à Saint-Louis. C'est une leçon d'esprit sportif qui aura sans doute son effet." (La Presse, 6 septembre 1904)

Étienne Desmarteau, La Presse 30 octobre 1905

En janvier 1905, Étienne Desmarteau fait parler de lui pour le courage dont il fait preuve dans son travail de policier. Le matin du 6 janvier, alors qu'il est en service devant le Théâtre Royal, Desmarteau entend des coups de feu, puis voit un jeune homme armé prendre la fuite en courant. Il s'agit d'Edward Kelly, qui vient de faire feu sur le détective Ernest Viens, qui désirait l'interroger au sujet d'un cambriolage. Desmarteau se lance à la poursuite de Kelly. Kelly fait feu en direction de Desmarteau à deux reprises, sans parvenir à l'atteindre. Desmarteau parvient à rattraper Kelly et tire des coups de feu sur le trottoir pour l'effrayer.  Au moment où Kelly s'apprête à lui tirer dessus à bout portant, Desmarteau l'assomme avec la crosse de son revolver.

Le Canada, 9 janvier 1905

L'été 1905 est en dent de scie: d'une part, Étienne Desmarteau bat les records canadiens qu'il a lui-même établis (distance de 36 pieds et 4 1/2 pouces à Toronto, le 17 août 1905, hauteur de 15 pieds 9 pouces le 26 juillet au tournoi annuel de la police de Montréal). Mais d'autre part, des ennuis de santé l'empêchent de concourir dans certaines des compétitions auxquelles il avait toujours participé auparavant, comme le pique nique annuel de la police d'Ottawa et le tournoi de l'association écossaise Calédonie (Zacharie Desmarteau profite de l'absence de son frère pour briller à son tour).

Au début du mois d'octobre 1905, les journaux révèlent qu'Étienne Desmarteaux est alité depuis plusieurs semaines en raison de la fièvre typhoïde (assez fréquente à l'époque, la typhoïde pouvait être propagée par de l'eau contaminée; de nos jours, il existe des antibiotiques et des vaccins).  

"La maladie grave qui terrasse depuis un mois Etienne Desmarteau, le fameux athlète, a causé partout une pénible surprise. Lui, si jeune, si robuste, comment a-t-il pu être vaincu par la maladie?  Si les sympathies universelles de tous les Canadiens-français qui sont si fiers de ce bel athlète étaient suffisantes pour arracher Etienne Desmarteau au grave péril qui le menace, sûrement il reviendrait bientôt à la santé pour nous faire assister bien souvent encore à ses triomphes, qui nous font autant d'honneur qu'à lui-même". (La Presse 9 octobre 1905)

À la consternation générale, il décède à l'âge de 32 ans,  le 29 octobre 1905, 15 mois après son triomphe aux jeux olympiques.

"Le colosse, qui avait la force réunie de cinq homme ordinaires, a succombé aux fièvres typhoïdes, une maladie à laquelle pourrait résister avec succès un faible enfant." (Le Canada, 30 octobre 1905)

La Patrie, 30 octobre 1905
 

La Presse, 31 octobre 1905

Quant à son frère Zacharie Desmarteau, qui était également athlète et policier, il est décédé une trentaine d'années plus tard, le 26 janvier 1936 à l'âge de 57 ans.

Zacharie Desmarteaux
La Patrie, 27 janvier 1936

Le Centre Étienne-Desmarteau, construit en 1975 pour accueillir les compétitions de basketball des jeux Olympiques de Montréal,  a été nommé en son honneur.

La Presse, 1er février 1975

Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)


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