Gérard Côté, quatre fois champion du marathon de Boston (1940-48)

Dans les années 1940, le meilleur marathonien en Amérique du Nord est un résident de Saint-Hyacinthe: Gérard Côté a remporté quatre fois le marathon de Boston, et trois fois le marathon Yonkers.

Gérard Côté (Le Samedi, 15 février 1941)


Né en 1913 à Saint-Barnabé Sud, Gérard Côté a grandi sur une ferme avant de s'établir dans la municipalité voisine de Saint-Hyacinthe.

Il remporte sa première course à pied en 1931, franchissant en 1 heure et 11 minutes la distance de 18 km qui sépare Sainte-Madeleine de Saint-Hyacinthe.

Pendant les années qui suivent, Gérard Côté profite de toutes les occasions qui se présentent pour démontrer son endurance: des compétitions de course à pied, bien sûr, mais aussi des courses de longue distance en raquette, et même des épreuves de patin à roulettes!  

"Gérard Côté de St-Hyacinthe a gagné la course de 28 heures en patins à roulettes disputée le 16 et 17 décembre dernier à Granby. Gérard Côté prendra part à la course en raquettes de Hull à Montréal cet hiver." (La Presse du 27 décembre 1932)

Le journal "Le Clairon" du 21 octobre 1932 relate une course entre Gérard Côté et un cheval, dont l'enjeu est de 25 dollars (c'est le cheval qui a gagné la course).

La participation de Côté à ces spectacles sportifs inusités ne dure qu'un temps. Pendant l'essentiel de sa carrière sportive, il se consacrera au marathon pendant la belle saison, et aux courses en raquette pendant l'hiver.


Le marathonien Gérard Côté
(La Patrie, 19 avril 1943 et 25 octobre 1936)


Marathons

À partir de 1935, Côté participe régulièrement à des marathons d'envergure au Canada et aux États-Unis. En octobre 1936, il remporte le marathon "Chiclets" de Montréal en 2 h 40 m 21 s, soit 7 minutes d'avance sur son plus proche poursuivant, établissant un nouveau record québécois. 

La Presse, 26 octobre 1936

Ses premières participations aux marathons de Boston et de Yonkers (à New York) sont encourageants. Dans le cas de Yonkers, Côté termine deuxième quatre fois de suite: en 1936, en 1937, en 1938 et en 1939.

Dans les jours qui précèdent le marathon de Boston de 1938, Gérard Côté est unanimement considéré comme un des favoris pour remporter la course. Accablé par la chaleur, il doit toutefois se contenter d'une décevante 8e place.

 Gérard Côté et John Kelley lors du marathon de Boston en 1938 
(Le Petit Journal, 24 avril 1938)

L'envoyé spécial du Petit Journal accuse alors les organisateurs du marathon de Boston d'avoir volontairement défavorisé le coureur québécois. Il explique que l'équipe qui accompagnait Côté a tenté en vain d'obtenir un drapeau qui leur aurait permis de suivre les coureurs en automobile afin de fournir de l'eau à Côté et lui prodiguer des conseils. Les organisateurs ont prétendu que ces drapeaux étaient strictement réservés aux officiels de la course, mais ils en ont fourni sans problème aux entraîneurs des coureurs de Boston. 

"Gérard n'eût pratiquement aucun appui puisque Brosseau eût toutes les difficultés du monde à l'approcher. Il n'eût aucun secours également et ce n'est pas surprenant du tout qu'il ait terminé la course épuisé et qu'il perdit connaissance après l'arrivée. De plus, dans l'épreuve même, on fit toutes sortes de difficultés à Côté parce qu'on craignait ce dernier." (Le Petit Journal, 24 avril 1938)

Victoires

C'est en 1940, à l'âge de 26 ans, que Gérard Côté connaît enfin la consécration au niveau international, remportant la même années le marathon de Boston et le marathon de Yonkers. 

La Presse, 20 avril 1940

Dans le cas du marathon de Boston, tenu le 19 avril 1940, il établit un nouveau record pour cette course, soit 2 heures, 28 minutes et 28 secondes.

"En aucun temps, je n'ai eu de misère. Je n'ai souffert d'aucun malaise et du commencement à la fin, j'étais confiant de gagner. Je savais que je ne pouvais pas désappointer pour la cinquième fois de suite à Boston. Vers la fin, je me sentais fort et c'est ce qui me décida de déclencher une poussée qui me valut la victoire et un record." (La Parie, 28 avril 1940)

Gérard Côté au fil d'arrivée du marathon de Boston en 1940
(La Presse, 22 avril 1940)

À son retour de Boston, Gérard Côté est accueilli triomphalement à Montréal le 26 avril 1940, et à Saint-Hyacinthe le lendemain: défilé dans les rues, banquet...


Suite à sa victoire au marathon de Boston, Gérard Côté
est porté en triomphe à Montréal, à sa sortie du train.
(Le Petit Journal, 28 avril 1940)

Le 10 novembre 1940, Gérard Côté gagne le marathon de Yonkers, après y avoir terminé au 2e rang pendant trois années consécutives. À la fin de ce marathon, Côté aurait pris soin de ne pas battre le record établi par Pat Dengis, décédé l'année précédente dans un écrasement d'avion.

"Côté a pensé à tout cela et quand il a vu madame Dengis qui lui envoyait la main et qui l'encourageait, il s'est dit à lui-même qu'il ne devait pas, en homme d'honneur, abaisser le record d'un si chic type, d'un si fameux coureur que Dengis, surtout quand sa veuve était présente."  (La Patrie, 17 novembre 1940)


La Patrie, 11 novembre 1940

Suite à ces deux importantes victoires, on décerne à Gérard Côté le Trophée Lou-Marsh (athlète par excellence au Canada) et le Trophée Joseph-Cattarinich (athlète canadien-français s'étant le plus illustré au Canada ou aux États-Unis).

Gérard Côté (à gauche) recevant le trophée Jos Cattarinich
(La Presse, 10 février 1941) 

Gerard Côté domine les principaux marathons pendant une bonne partie de la décennie, remportant le marathon de Boston en 1940, 1943, 1944 et 1948, et le marathon de Yonkers en 1940, 1943 et 1946. Il remporte également le premier marathon de Los Angeles en 1948.  Avant chaque marathon, le coureur québécois insiste pour manger un steak. Et il célèbre chaque victoire en fumant un cigare!

À ce jour, seuls trois autres coureurs ont gagné le marathon de Boston aussi souvent que Gérard Côté: Clarence DeMar (7 victoires entre 1911 et 1930) , Bill Rodgers (4 victoires entre 1975 et 1980) et Robert Kipkoech Cheruiyot (4 victoires entre 2003 et 2010)

Côté s'enrôle dans les forces armées canadiennes à la fin de l'année 1942. Le Sergent Côté arbore donc les couleurs de l'armée lors de sa victoire au marathon de Boston de 1943.  L'année suivante, toutefois, lors de sa troisième victoire à Boston, il est forcé de prendre deux semaines de vacances afin de participer au marathon par ses propres moyens. Ses responsabilités militaires l'obligent ensuite à passer la totalité de l'année 1945 en Angleterre.

Gérard Côté (La Presse, 19 avril 1943)

Jeux Olympiques

À son grand regret, Gérard Côté n'a pas connu de succès aux Jeux Olympiques. En 1936, il arrive 5e aux essais olympiques canadiens à Toronto: il ne se qualifie donc pas pour les jeux de Berlin.

Quelques années plus tard, alors qu'il se trouve au sommet de sa forme, la guerre provoque l'annulation des Jeux Olympiques en 1940 et en 1944. 

Côté devra donc patienter jusqu'en août 1948 pour participer à ses seuls Jeux Olympiques, ceux de Londres.  Tous les espoirs sont alors permis, puisque dans les mois précédents, Côté a remporté le marathon de Boston (19 avril) et celui de Los Angeles (21 mai)  mais il termine au 17e rang du marathon olympique, victime d'un claquage à une cuisse.

Le Devoir, 9 août 1948

En 1950 et en 1954, il se qualifie pour les Jeux de l'Empire Britannique, mais il est sur son déclin. Il se classe 11e à Auckland en 1950 et est forcé d'abandonner à Vancouver en 1954 (il a alors 40 ans).


Les marathons de raquette

On imagine difficilement à quel point les courses de raquette étaient populaires au Québec dans la première moitié du 20e siècle. L'événement principal était le Congrès Annuel de l'Union Canadienne et Américaine des Raquetteurs, qui rassemblait plusieurs centaines de raquetteurs du Québec, de l'Ontario et de la Nouvelle-Angleterre.

Le Soleil, 25 janvier 1936

De 1936 à 1944, Gérard Côté a systématiquement remporté une des deux premières places lors du marathon de 10 milles tenu lors de ce congrès annuel: première place en 1936, 1938, 1941, 1942 et 1943, et deuxième place en 1937, 1939, 1940 et 1944. Après son retour d'Angleterre, Côté arrive troisième au congrès de Manchester. New Hampshire, en 1947.

Lors du congrès d'Ottawa, en 1948, Côté arrive en retard à la course suite à une confusion concernant l'endroit du départ. Il participe quand même à la course, mais il est disqualifié pour avoir omis de subir son examen médical. Furieux, Côté annonce qu'il met fin à sa carrière de raquetteur.

Rencontré au début de la semaine, Gérard Côté nous a manifesté sa ferme intention d'abandonner définitivement la course de raquette, à la suite "de l'affront et du honteux traitement dont nous avons été victimes, Lloyd Evans, Lucien Jolin, Paul-Émile Gosselin et moi, au congrès international des raquetteurs, à Ottawa, en fin de semaine. Nous avons, Evans et moi, de dire Côté, contribué plus que quiconque à relever le sport de la raquette depuis une quinzaine d'années en Amérique, gagnant à nous deux 11 des 13 marathons des dernières conventions. C'est une bien piètre façon de reconnaître ce que nous avons fait pour les raquetteurs et, en ce qui me concerne, je ne m'adonnerai plus qu'à la course à pied désormais."  (Le Clairon, 6 février 1948)


Gérard Côté est décédé le 12 juillet 1993 à Saint-Hyacinthe à l'âge de 79 ans.

Le Soleil, 14 juin 1993


Pour en savoir plus


En 2013, Paul Foisy a écrit une excellente biographie de Gérard Côté:


Gérard Côté, 192 000 km au pas de course
par Paul Foisy
Collection kmag
ISBM 978-2-924119-04-4




Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)

 

D'autres articles de ce blog qui pourraient vous intéresser:

  

 Tous les articles du blogue, classés par sujets

 Tous les articles du blogue, classés par dates


Écrasement d'un bombardier à Montréal (1944)

Le 25 avril 1944 un bombardier s'écrase sur des habitations à l'intersections des rues Shannon et Ottawa à Montréal, causant la mort de 15 personnes.

La Presse, 25 avril 1944

 

La Patrie du 25 avril 1944 et le Montréal-Matin du 26 avril 1944

L'avion est un "Consolidated B-24 Liberator", un gros bombardier à quatre moteurs fabriqué aux États-Unis. Flambant neuf, l'appareil a décollé de l'aéroport de Dorval à 10h24, le 25 avril 1944. Après une escale à Terre-Neuve, il devait traverser l'Atlantique pour se rendre en Angleterre, afin de prendre part à la Seconde Guerre Mondiale, qui fait toujours rage en Europe.

Appareil similaire à celui qui s'est écrase à Montréal en 1944
(La Patrie, 26 avril 1944).

Le vol du Liberator n'aura toutefois duré, en tout et pour tout, que 6 minutes. Après avoir survolé le Mont Royal, de nombreux témoins le voient longer la rue Peel à très basse altitude (on pense que le pilote a tenté d'atteindre le fleuve pour minimiser les dégâts).  Lorsqu'il traverse la rue Sainte-Catherine, son altitude est d'environ 250 pieds (75 mètres) et il passe tout près du toit de l'édifice Dominion Square. Il effleure ensuite la gare Windsor et évite de justesse la cheminée de la brasserie William Dow & Co, à l'intersection des rues Colborne et Notre-Dame. 

Trajectoire du Liberator selon La Patrie
(à gauche) et La Presse (à droite)

L'appareil s'écrase finalement sur un pâté de maisons résidentielles près de l'intersection des rues Shannon et Ottawa, dans le quartier Griffintown. Quatre maisons sont  complètement détruites par l'impact avec l'avion, et une explosion cause un incendie majeur qui détruit six autres résidences . On évalue que l'avion, qui pesait 41 000 livres (20 000 kg) volait à une vitesse d'environ 270 milles à l'heure (435 km/h) au moment de l'écrasement.

 

La Presse, 25 avril 1944


La Presse, 25 avril 1944

La Presse, 26 avril 1944

Après avoir secouru les blessés et maîtrisé l'incendie,  il faut fouiller les décombres afin de trouver et identifier les cadavres. 

L'écrasement du Liberator cause la mort de 15 personnes: les 5 membres de l'équipage, et 10 civils au sol.

Les cinq membres d'équipage du Liberator
(La Presse, 27 avril 1944)

L'équipage du Liberator était constitué de cinq personnes, dont trois militaires de nationalité polonaise. Ils ont tous péri lors de l'écrasement:

  • Le lieutenant de section Kazimiera Burzynski, 47 ans, capitaine de l'avion.
  • L'officier-pilote Andrzej Kuzniacki, 30 ans, copilote.
  • Le lieutenant de section Adolf-Jan Nowicki, 31 ans, navigateur.
  • Le sergent de section Islwyn Jones, 23 ans, ingénieur de l'avion.
  • L'officier-pilote James-Smith Wilson, radiotélégraphiste, 21 ans. 

Mis à part Wilson, qui s'apprêtait à traverser l'Atlantique pour la première fois, tous les membres de l'équipage étaient très expérimentés.

Cinq personnes décédées. De gauche à droite:
Mme Walter Wells, Joseph et Nicole Hébert,
Mme James Wells et son fils Jimmy. 
(La Patrie, 26 et 27 avril 1944)

Dix résidents de Montréal (dont deux jeunes enfants), sont également décédés:

  • M. Aurèle Larochelle, 53 ans
  • L'agent Louis-Philippe Lemieux, 37 ans
  • Mme Victor Geoffrion, 59 ans
  • Mme Delia Dowling, 56 ans
  • Mme Walter Wells, 26 ans
  • Mme James Wells, 19 ans
  • James Wells fils, 2 ans
  • M. Victor Marchand, 34 ans
  • M. Joseph Hébert, 39 ans
  • Marie-Yvette-Nicole Hébert, 17 mois

Sans compter quelques blessés gravement brûlés, des enfants qui sont soudainement devenus orphelins, et une quinzaine d'habitations détruites.
 

Albert Lanctôt, hospitalisé suite à de graves brûlures,
et Fernand Geoffrion, dont la mère n'a pas survécu
(La Patrie, 26 et 27 avril 1944)

N.B. Il ne s'agit pas du seul bombardier Consolidated B-24 Liberator à s'être écrasé au Québec. Quelques mois plus tôt, le 20 octobre 1943, un autre Liberator s'était écrasé à Saint-Donat, dans Lanaudière, faisant 24 victimes.

 

Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)


 D'autres articles du blog qui pourraient vous intéresser: 


 Tous les articles du blogue, classés par sujets

 Tous les articles du blogue, classés par dates