Étienne Desmarteau, policier et champion olympique (1904)

Médaillé d'or au lancer du poids de 56 livres lors des Jeux Olympiques de Saint-Louis en 1904, Étienne Desmarteau est le premier athlète québécois à avoir remporté une médaille olympique.

Temple de la Renommée du Hockey / Bibliothèque Archives Canada / PA-050259
 

Étienne Desmarteau est né à Boucherville le 4 février 1873, mais il a grandi à Montréal. En 1901, à l'âge de 28 ans, il devient policier. Dès l'été 1901, ce colosse de 6 pieds et un pouce (1,85 m) et 225 livres (102 kg) se fait remarquer lors de différents événements athlétiques en représentant l'Association Athlétique Amateure de la Police de Montréal.

Étienne Desmarteau (La Presse, 27 juillet 1905)

Desmarteau se spécialise dans le lancer d'objets lourds et, de façon particulière, le lancer du poids de 56 livres. Cette épreuve, qui n'existe plus de nos jours, consistait à lancer un boulet sphérique de 25 kg muni d'une poignée. L'épreuve principale consistait à lancer le poids le plus loin possible, mais il existait également une épreuve consistant à le lancer le plus haut possible. Le lancer du poids de 56 livres n'a été au programme des jeux olympiques qu'à deux occasions: en 1904 et en 1920.

 

La Presse, 24 juillet 1902

De 1901 à 1905, Étienne Desmarteau participe régulièrement à différentes compétitions athlétiques à Montréal (Tournoi athlétique annuel de l'association de la police de Montréal, tournoi de l'Association des athlètes amateurs de Montréal, tournoi de l'Association écossaise Caledonia), ainsi qu'à Ottawa et à Toronto. Chaque fois, il arrive premier pour le lancer du poids de 56 livres (en distance et en hauteur), tout en se classant parmi les meilleurs pour le lancer du poids de 16 lb, le lancer du marteau de 16 lb,  le lancer du disque et parfois le "caber" (lancer du tronc d'arbre!). Son frère Zacharie, également policier à Montréal, obtient lui aussi beaucoup de succès dans les mêmes disciplines.


Le Journal, 15 septembre 1902

Il se fait particulièrement remarquer à New York, en septembre 1902:

Pour la première fois depuis la découverte de l'Amérique, sans vouloir remonter au déluge, un Canadien-français vient de gagner les honneurs du championnat dans un tournoi athlétique international, et de plus, gloire à notre force municipale, ce canadien est un policeman. Le constable E. Desmarteau, envoyé à New York par la Montreal Police A.A.A. a gagné les championnats junior et senior pour le lancement du let de 56 livres, au tournoi pour le championnat de l'Amateur Athletic Union. Ses concurrents étaient les champions du monde Mitchell et Sheldon, et il les a battus avec facilité. La température étant mauvaise, Desmarteau n'a pu abaisser les records, mais sur un terrain glissant il a lancé le poids, dans le concours junior, à 32 pieds, 6 pouces et dans le concours senior à 33 pieds 6 pouces. Le détenteur du record, Mitchell, est arrivé second avec 32 pieds 5 pouces. C'est une victoire éclatante pour notre champion et s'il continue il pourra défier n'importe qui sans danger. (Le Journal, 15 septembre 1902)

Un timbre poste à l'effigie d'Étienne Desmarteau a été émis par Postes Canada en 1996.  


La consécration survient lors des Jeux Olympiques de 1904, à Saint-Louis. Desmarteau a pourtant passé bien près de ne pas y participer, puisque l'Association Athlétique Amateure de la Police de Montréal refuse de l'y inscrire.

Pourquoi délibérer? L'Association possède probablement le champion du monde: vous devez à vous-même, à la ville, à la race que Desmarteau représente, de donner à ce Canadien de mérite, l'occasion de montrer à l'univers réuni à St-Louis, quels hommes, quels athlètes le Canada peut produire.   (...) Si New York, ou Chicago possédaient Desmarteau, l'argent ne serait jamais un obstacle pour se rendre à St. Louis. Leur champion serait envoyé au concours avec tous les avantages matériels qui pourraient l'aider à vaincre. Il serait accompagné d'une pilote habile, d'un entraîneur de jugement. Ferons-nous moins pour le Canadien qui a battu Mitchell et Flanagan, de New York?  (Dr. J. P. Gadbois, La Presse, 25 juillet 1904)

C'est finalement la M.A.A.A (Montreal Amateur Athletic Association) qui paie son voyage à Saint-Louis.

Les jeux de Saint-Louis se tiennent en même temps que l'Exposition universelle de Saint-Louis (durant laquelle le célèbre géant Beaupré a trouvé la mort). Seulement 12 pays y envoient des athlètes; 523 des 651 participants habitent aux États-Unis

La Patrie, 2 septembre 1904

Aux Jeux Olympiques de Saint-Louis, le 1er septembre 1904, Étienne Desmarteau décroche la médaille d'or pour le lancer du poids de 56 livres, grâce à une distance de 34 pieds et 4 pouces.

La Presse, 6 septembre 1904

"On peut s'attendre maintenant à ce que les associations athlétiques américaine s'empressent de faire des propositions avantageuses à Desmarteau. La M.A.A.A., dont il portait la roue étoilée sur son bourgeron de concours, a droit à notre reconnaissance d'avoir pris soin du vaillant lanceur, alors que l'association athlétique de la police, par une malheureuse majorité, décidait de ne pas envoyer le petit Étienne à Saint-Louis. C'est une leçon d'esprit sportif qui aura sans doute son effet." (La Presse, 6 septembre 1904)

Étienne Desmarteau, La Presse 30 octobre 1905

En janvier 1905, Étienne Desmarteau fait parler de lui pour le courage dont il fait preuve dans son travail de policier. Le matin du 6 janvier, alors qu'il est en service devant le Théâtre Royal, Desmarteau entend des coups de feu, puis voit un jeune homme armé prendre la fuite en courant. Il s'agit d'Edward Kelly, qui vient de faire feu sur le détective Ernest Viens, qui désirait l'interroger au sujet d'un cambriolage. Desmarteau se lance à la poursuite de Kelly. Kelly fait feu en direction de Desmarteau à deux reprises, sans parvenir à l'atteindre. Desmarteau parvient à rattraper Kelly et tire des coups de feu sur le trottoir pour l'effrayer.  Au moment où Kelly s'apprête à lui tirer dessus à bout portant, Desmarteau l'assomme avec la crosse de son revolver.

Le Canada, 9 janvier 1905

L'été 1905 est en dent de scie: d'une part, Étienne Desmarteau bat les records canadiens qu'il a lui-même établis (distance de 36 pieds et 4 1/2 pouces à Toronto, le 17 août 1905, hauteur de 15 pieds 9 pouces le 26 juillet au tournoi annuel de la police de Montréal). Mais d'autre part, des ennuis de santé l'empêchent de concourir dans certaines des compétitions auxquelles il avait toujours participé auparavant, comme le pique nique annuel de la police d'Ottawa et le tournoi de l'association écossaise Calédonie (Zacharie Desmarteau profite de l'absence de son frère pour briller à son tour).

Au début du mois d'octobre 1905, les journaux révèlent qu'Étienne Desmarteaux est alité depuis plusieurs semaines en raison de la fièvre typhoïde (assez fréquente à l'époque, la typhoïde pouvait être propagée par de l'eau contaminée; de nos jours, il existe des antibiotiques et des vaccins).  

"La maladie grave qui terrasse depuis un mois Etienne Desmarteau, le fameux athlète, a causé partout une pénible surprise. Lui, si jeune, si robuste, comment a-t-il pu être vaincu par la maladie?  Si les sympathies universelles de tous les Canadiens-français qui sont si fiers de ce bel athlète étaient suffisantes pour arracher Etienne Desmarteau au grave péril qui le menace, sûrement il reviendrait bientôt à la santé pour nous faire assister bien souvent encore à ses triomphes, qui nous font autant d'honneur qu'à lui-même". (La Presse 9 octobre 1905)

À la consternation générale, il décède à l'âge de 32 ans,  le 29 octobre 1905, 15 mois après son triomphe aux jeux olympiques.

"Le colosse, qui avait la force réunie de cinq homme ordinaires, a succombé aux fièvres typhoïdes, une maladie à laquelle pourrait résister avec succès un faible enfant." (Le Canada, 30 octobre 1905)

La Patrie, 30 octobre 1905
 

La Presse, 31 octobre 1905

Quant à son frère Zacharie Desmarteau, qui était également athlète et policier, il est décédé une trentaine d'années plus tard, le 26 janvier 1936 à l'âge de 57 ans.

Zacharie Desmarteaux
La Patrie, 27 janvier 1936

Le Centre Étienne-Desmarteau, construit en 1975 pour accueillir les compétitions de basketball des jeux Olympiques de Montréal,  a été nommé en son honneur.

La Presse, 1er février 1975

Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)


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