Glissement de terrain à Notre-Dame-de-la-Salette (1908)

La Patrie, 27 avril 1908

Notre-Dame-de-la-Salette est un village situé en Outaouais, au Québec, sur le bord de la rivière du Lièvre.  Le dimanche 26 avril 1908 vers 4 heures du matin, une partie du terrain de la rive ouest s'effondre dans la rivière, qui est gonflée par la crue printanière. Deux maisons sont emportées par cet éboulement.

Mais le pire est encore à venir: suite à ce glissement de terrain, le cours d'eau sort de son lit et une gigantesque coulée de boue déferle sur le village, sur la rive opposée, entraînant avec elle d'énormes morceaux de glace qui détruisent instantanément des dizaines de bâtiments.

Croquis montrant le désastre. La zone 2 montre la partie de la rive ouest qui s'est effondrée dans la rivière. La zone 5 sur la rive est a été détruite par les glaces.
(La Presse, 28 avril 1908)

Au total, 34 personnes trouvent la mort. La plupart d'entre elles sont des enfants. Des familles entières sont décimées:

Cléophas et Célina Deslauriers, décédés avec 6 de leurs enfants
La Patrie, 30 avril 1908

  • Famille Cléophas Deslauriers: 8 décès, dont les deux parents. Le seul survivant est Joseph, un garçon de 12 ans.
  • Famille Camille Lapointe: 6 décès. La mère et deux de ses fils sont rescapés alors qu'ils dérivent sur la rivière.
  • Famille Auguste Larivière: 6 décès. Le père a survécu, mais il a une oreille arrachée et est blessé au dos, aux jambes et aux bras.
  • Famille Joseph Murray: 5 décès (seuls survivants: le père et un enfant de 4 ans)
  • Famille Napoléon Charron: 4 décès 
  • Famille Paul Desjardins: 3 décès (Grace, une jeune fille de 13 ans, a miraculeusement survécu, et le père était en visite à l'extérieur du village au moment de la catastrophe).
  • Famille Louis Morissette: 1 décès

Joseph Murray a perdu sa femme, son frère et 5 enfants
La Patrie, 30 avril 1908

14 maison ont été détruites. Certaines familles sont indemnes malgré la destruction de leur maison.

Chez M. Édouard Boileau, beau-frère de M. Wilfrid Chartier, qui a bien voulu nous donner des renseignements à ce sujet, la glace a littéralement coupé la maison en deux. Entendant du bruit, M. Boileau a cru à un ouragan; puis tout d'un coup, se sentant enlever et retomber il s'aperçut avec stupéfaction que la glace a coupé sa maison à la hauteur du premier étage, que le flot l'a enlevée et emportée et que la partie supérieure retombant sur le sol s'y était incrustée, formant ainsi à la place de celle qui était partie, une nouvelle maison.  (La Patrie, 28 avril 1908)

La maison de Camille Lapointe, qui se trouvait sur la rive ouest, a carrément traversé la rivière et est entrée en collision avec la maison Desjardins, sur la rive est.

Sauvetage de Mme Camille Lapointe

La veuve Camille Lapointe est secourue alors qu'elle dérive sur un morceau de glace qui flotte sur la rivière.

"Je me rappelle avoir entendu un bruit semblable à un effroyable coup de foudre, et ce qui s'est ensuite passé est pour moi inoubliable. Je me sentis rouler en bas du lit et tout s'ébranla avec fracas. J'essayai en vain de rejoindre mes enfants, mais je ne sais comment ils se sont tous trouvés dispersés, enfin après avoir été renversée d'une place à l'autre, je me trouvai sur un amas de glaces sur lequel je parvins, pendant un temps que me parut plusieurs heures, à me tenir en équilibre, malgré la force des eaux qui tourbillonnaient autour de moi. Je voyais aussi mon fils, Camille, dont la position sur un amas de foin, était très dangereuse et j'appelais de toute la force de mes poumons du secours et à l'aide." (La Presse, 28 avril 1908)

Sa belle-mère âgée de 74 ans a eu moins de chance; son cadavre sera repêché le lendemain, dans les rapides de Buckingham, trente kilomètres plus loin.

La Presse, 28 avril 1908
 
Quelques heures après le désastre, on n'espère plus trouver d'autres survivants. La priorité consiste plutôt à retrouver le cadavre des victimes. 

À l'école, qu'on a transformée en morgue, le spectacle est navrant. Douze corps sont étalés, douze corps dont la plupart sont défigurés et méconnaissables. Et ceux que l'on a reconnus sont placés ensemble, afin de réunir dans le mort ceux qui ont été unis dans l'existence. (La Patrie 28 avril 1908)

La Patrie du 28 avril 1908

Le 28 avril, près de 400 personnes assistent aux funérailles des 16 victimes dont le corps a été retrouvé. Certains corps ne seront retrouvé qu'un mois plus tard, et 10 ne furent jamais retrouvés.


Funérailles de 16 victimes dans l'église de Notre-Dame-de-la-Salette
(La Patrie 29 avril 1908)



Au cimetière (La Patrie, 29 avril 1908)

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La fuite du courtier Charles D. Sheldon (1910-1911)

En 1910, de nombreuses annonces publicitaires retenues dans les journaux montréalais présentaient Charles D. Sheldon comme un courtier de placements spécialisé dans les chemins de fers et stock industriels. Originaire des États-Unis, il s'était établi à Montréal quelques mois plus tôt et on ne savait que très peu de choses concernant son passé.

Charles D. Sheldon (La Presse, 14 octobre 1910)


Publicité, La Patrie du 24 mai 1910 

Au début du mois d'octobre 1910, le Star émet de sérieux doutes concernant les rendements faramineux que le courtier Sheldon prétend obtenir pour ces clients (30% d'intérêt par mois!). Il semble évident que le courtier utilise l'argent de ses nouveaux clients pour payer des dividendes à ses autres clients.  Sheldon réagit en invitant publiquement les substituts du Procureur Général à visiter son bureau afin de consulter à leur guise les livres et comptes de l'entreprise. Bien entendu, de nombreux clients inquiets exigent un remboursement immédiat de l'argent qu'ils ont investi.

Le Canada, 4 octobre 1910

Le mardi 11 octobre 1910, on apprend que Sheldon a quitté Montréal pendant la nuit sans avoir averti qui que ce soit, et qu'il passera les deux prochains jours à New York pour affaires. De nombreux clients se présentent au bureau de la rue Saint-Jacques afin de récupérer leur argent; désemparés, les employés leur remettent un chèque en leur promettant que le patron signera ce chèque dès son retour à Montréal.  Garrand, Théroux et Cie, les banquiers de Sheldon, déclarent quant à eux que le compte de Sheldon a été vidé et fermé la veille!

Le 12 octobre, les clients se butent à des portes closes. Une note affichée à l'entrée du bureau indique que le commerce ouvrira à nouveau le lendemain, au retour de C.D. Sheldon.  

La Patrie, 13 octobre 1910

Mais le lendemain, toujours pas de trace du courtier Sheldon.  Le comptable Alexander Burnett, nommé gardien provisoire par la cour supérieure, s'assure que le bureau demeure fermé. Les clients mécontents sont invités à adresser leurs réclamations à la maison Wilks & Burnett.

La Patrie, 13 octobre 1910


La Presse, 13 octobre 1910

Le 14 octobre, le comptable Burnett a de bien mauvaises nouvelles pour les investisseurs lésés: "Les clients de Sheldon qui perdent environ trois ou quatre millions auront quelques centaines de dollars à se partager, la maison en déconfiture ayant à peine deux ou trois mille dollars d'actif et un passif de quelques millions."

À la demande de David Burnside, le bras droit de Sheldon, un mandat d'arrêt est émis; Burnside accuse son patron de l'avoir fraudé pour une somme de $25 000.

La Patrie, 28 mars 1911

C.D. Sheldon est finalement retracé 5 mois plus tard,  à la fin du mois de mars 1911, à Pittsburgh, où il se faisait connaître sous l'identité de Charles D. Washburn  ou de C.W. Ross. On découvre toutefois que son vrai nom est Charles W. Robinson, et qu'il a commis bien d'autres fraudes dans le passé.

Le matin du 8 avril, Sheldon arrive à Montréal par train, escorté par K.P. McCaskill, chef de la police provinciale, et du détective Howard Johns de l'agence Pinkerton. Le journaliste de La Patrie évalue la foule à environ 2000 personnes. Selon Le Devoir, il s'agit plutôt de 200 personnes.

Arrivée de Sheldon à Montréal
La Patrie, 10 avril 1911

Le chef McCaskill a déclaré à la presse que "la vanité de Sheldon est vraiment extraordinaire": pendant le voyage, il n'a cessé de parler de lui-même et de ses exploits boursiers. L'enquête a pourtant révélé que pendant les quelques mois passés à Pittsburg, Sheldon a perdu environ $3000 à la bourse.

K.P. McCaskill, chef de la police provinciale
(La Presse, 10 avril 1911)

Sheldon plaide non-coupable aux divers chefs d'accusation de vol et de fraude qui sont portés contre lui. Il maintiendra jusqu'au bout que la crise causée par les journaux l'a obligé à chercher à l'étranger les fonds dont il avait besoin pour rembourser ses clients.

Enquête préliminaire
La Patrie, 12 avril 1911

Au tribunal, les procédures ne s'éternisent pas. Après l'enquête préliminaire du 12 avril 1911, le procès a lieu le 8 juin 1911 devant le juge Charles Langelier. Sheldon est défendu par Me Hormidas Pelletier, et le substitut du procureur général est Me J.C. Walsh.

Me Hormidas Pelletier (défense), Me J. C. Walsh (couronne) et le juge Charles Langelier
(La Presse, 10 avril 1911 et 16 juin 1911)

En plus de David Burnside, l'ex gérant du bureau de Sheldon, et du comptable Alexander Burnett, on entend le témoignage de quelques clients: la plupart d'entre eux se plaignent de la disparition de l'argent qu'ils avaient confié à Sheldon, alors que d'autres, au contraire, assurent qu'ils sont pleinement satisfaits des dividendes qu'ils ont obtenus grâce à lui. Burnett indique que, d'après les livres de compte saisis en octobre, Sheldon a reçu environ $2 000 000 de dollars de ses clients, et leur en a distribué $300 000.

Lors des plaidoiries, Me Pelletier assure que son client ne peut pas être reconnu coupable de vol, puisque ses clients lui avaient laissé toute la latitude pour administrer leur argent à sa guise et qu'ils étaient conscients des risques associés à ce genre de spéculation. Me Walsh reproche à Sheldon de ne pas avoir rendu compte aux clients de l'argent placé chez lui, et d'avoir accepté des dépôts au moment où il avait déjà préparé sa fuite.

La Patrie, 16 juin 1911

Le jugement est rendu le 16 juin 1911. Charles D. Sheldon est déclaré coupable de détournement de fond au montant de $15 000 et condamné à purger une peine de 5 ans au pénitencier Saint-Vincent de Paul.

Les Rolling Stones à Montréal en 1972

Comme nous l'avons fait remarqué récemment, la presse écrite québécoise s'était montrée relativement indifférente aux trois premiers concerts des Rolling Stones à Montréal, en 1966 et 1967. 

Au moment de leur quatrième visite à Montréal, le 17 juillet 1972, toutefois, les choses on bien changé. Après avoir enregistré coup sur coup Beggars Banquet, Let It Bleed, Sticky Finger, et Exile on Main Street, les Rolling Stones ne sont plus considérés comme un simple groupe de "musique yé-yé" dont les membres auraient besoin d'une bonne coupe de cheveux. 

"Le spectacle des Rolling Stones au Forum de Montréal, le 17 juillet, ce devrait être, en principe, l'événement artistique de l'été, et peut-être même de l'année. Non seulement parce que tous les billets ont été vendus en quatre heures, un mois avant la représentation, et que c'est une chose plutôt rare, mais aussi parce que les Stones ont la réputation de créer un événement partout où ils passent(...)".  (La Presse du jeudi 6 juillet 1972)

Faux billets

Le 14 juillet, les journaux annoncent que des milliers de faux billets ont été mis sur le marché pour le spectacle des Rolling Stones à Montréal.  Les autorités s'inquiètent: si les détenteurs de faux billets se présentent au spectacle, il y aura beaucoup plus de spectateurs que ce que peut contenir le forum...


La Presse, 14 juillet 1972

Attentat à la bombe

Le 17 juillet à 3 heures du matin, une bombe placée sous un des camions de la tournée de Rolling Stones explose, faisant éclater les fenêtres de la façade nord du forum. Heureusement, l'explosion ne fait aucun blessé et les dégâts matériels sont limités. Les raisons de cet attentat sont assez nébuleuses.

Le Droit, 17 juillet 1972

Actes de violence autour du Forum

Montréal-Matin du 18 juillet 1972

"Le concert des Rolling Stones a bel et bien eu lieu, hier soir, au Forum, à la satisfaction des quelque 20 000 jeunes qui avaient réussi à se procurer des billets, mais au grand dam d'environ 4000 autres, fort mécontents, qui ont perpétré de nombreux actes de violence durant plus de trois heures.Le bilan: une trentaine de personnes amenées au poste sous diverses accusations, plusieurs autres blessées par des éclats de verre ou des pierres, deux automobiles de patrouille-radio incendiées et des dizaines de confrontations et d'escarmouche entre les manifestants et quelque 500 policiers, aux abords du Forum."  (La Presse du 18 juillet 1972)

Les agitateurs ont peut-être manqué de clarté sur leurs intentions: alors que La Presse et Le Devoir les décrivent comme des fans des Rolling Stones frustrés de ne pas pouvoir assister au spectacle, le journaliste du Montréal-Matin a cru qu'il s'agissait de "manifestants anti-Rolling Stones" qui voulaient empêcher la tenue du spectacle.

"Alors que le spectacle des Rolling Stones se déroulait convenablement à l'intérieur du Forum, hier soir, c'est à l'extérieur que les policiers ont eu de la difficulté avec un groupe imposant de manifestants anti-Rolling Stones. D'aucuns prétendaient qu'ils étaient à peu près trois mille rassemblés dans un parc voisin du Forum.Plus de cinq cents policiers ont dû intervenir quand le groupe tenta de pénétrer dans l'enceinte du Forum avec des "intentions non dissimulées". La charge policière a porté fruit puisqu'on a réussi à maîtriser, non sans peine, le groupe refoulé vers la rue Guy, à l'est du Forum. Pendant l'opération toutefois, les manifestants ont brisé plusieurs fenêtres et montres d'établissements commerciaux, lancé des cocktails Molotov et se sont bagarrés entre eux. La police a procédé à plusieurs arrestations."  (Le Montréal-Matin  du 18 juillet 1972)

Montréal-Matin du 18 juillet 1972

Le spectacle

À leur entrée dans le Forum, les spectateurs se font confisquer les bouteilles d'alcool qu'ils ont en leur possession.

"C'est d'ailleurs avec un large sourire que l'un des policiers affectés à l'opération nous déclarait: "On garde les bouteilles, mais la drogue, on les laisse entrer avec." " (La Presse, 18 juillet 1972)

Le Devoir, 18 juillet 1972

Il fait extrêmement chaud à l'intérieur du Forum, où s'entassent 20 000 spectateurs. Stevie Wonders assume la première partie du spectacle. La prestation des Stones eux-même ne dure qu'environ une heure (on mentionne que Mick Jagger parle en français entre les chansons). 

"Vêtu de son collant blanc habituel, de son long foulard rouge qui rappelle notre ceinture fléchée, Jagger n'a pas refusé à l'assistance le spectacle spécial qu'elle attendait de lui. Il a navigué entre l'audace et la prudence; les mimiques nerveuses et narcissiques qui ont hissé ce personnage au niveau de mythe, ponctuaient abondamment les chansons. Chaque coup de reins, chaque geste menaçant du doigt, chaque pirouette mi-érotique, mi-poétique, trouvait une réponse dans la mer de corps entassés près de la scène. Du haut de la passerelle, on apercevait les bras élevés qui scandaient le rythme puissant, les filles qui se déhanchaient contre leurs voisins, les visages quasi-transfigurés." Robert-Guy Scully, Le Devoir du 18 juillet 1969.

"Pour ceux que cet aspect des choses intéresse, il faut ajouter qu'à la formation régulière des Stones s'étaient joints un pianiste, un trompettiste et un saxophoniste, tous trois excellents, et dont les instruments ajoutaient une couleur très soutenue aux musiques de Keith Richard.

Les fans de ce dernier seront peut-être déçus d'apprendre qu'il a fort bien joué, mais qu'il n'a interprété qu'une seule chanson, et qu'il fut le reste du temps extrêmement discret. Même chose pour Bill Wyman, le bassiste, qui garde du temps des débuts des Stones un faciès sans expression. Charlie Watts, à la batterie, et Mike Taylor à la guitare, furent exemplaires."  (René Homier-Roy, La Presse du 18 juillet 1972)

Les premiers spectacles des Rolling Stones à Montréal (1965)

Spectacle du 23 avril 1965, à l'aréna Maurice Richard

Le 8 septembre 1964, la presse québécoise avait abondamment commenté l'unique visite des Beatles à Montréal, s'offusquant de la longueur des cheveux des quatre musiciens et du comportement hystérique de leurs jeunes admiratrices. On aurait pu croire que, 6 mois plus tard, le premier concert des Rolling Stones au Québec provoquerait une couverture médiatique similaire, mais ce ne fut pas le cas.

Le 23 avril 1965, le journal La Presse documente l'arrivée des Rolling Stones à Montréal, présentant une photographie du groupe au moment où ils sortent du Boeing 707 à bord duquel ils ont traversé l'Atlantique. 

Le journaliste André Boily, qui aurait visiblement préféré être affecté à une autre tâche, commente brièvement leur arrivée à l'aéroport: 

"Quelques centaines de petites filles en fleur (en attendant d'être en larmes et en cris) les attendaient à l'aéroport. Mais elles n'ont pas vu leurs "roches" adorées, qu'un service d'ordre prévoyant a eu la prudence d'expédier par la porte de service à destination de l'hôtel Reine Elisabeth où on les entreposera jusqu'à ce soir."

La Presse, 23 avril 1965

Après l'inévitable commentaire outré concernant la longueur excessive de leur chevelure, le journaliste regrette qu'il ne se soit rien dit d'intéressant lors de la conférence de presse, la seule information qu'il ait pu en tirer étant le prénom des cinq membres du groupe: "Edward, Roger, Bruce, William et Dick"  (ne s'étant pas donné la peine d'effectuer quelques vérifications élémentaires, monsieur Boily ne réalise pas que les musiciens se sont payé sa tête).

Il ne semble y avoir eu aucun compte-rendu de leur spectacle du 23 avril 1965 à l'aréna Maurice Richard dans les journaux francophones québécois.

Spectacle du 29 octobre 1965 au Forum de Montréal 

Les Stones sont de retour à Montréal six mois plus tard, le 29 octobre 1965, pour un spectacle au Forum de Montréal devant un foule d'environ 9000 personnes. Cette fois, la Presse publie un court compte-rendu qui insiste surtout sur le comportement de l'auditoire: "Des chaises cassées, des cris à plein gosier, des pleurs incontrôlables, des gesticulations embarrassantes, des douzaines de filles sans connaissance: du travail pour tous les ambulanciers, secouristes et préposés à l'ordre. (...) Au total, plus d'une trentaine d'adolescentes ont été transportées à l'hôpital pour blessures et crises d'hystérie. Néanmoins, plusieurs autres jeunes filles frappées d'hystérie ont été soignées sur place."

"Keith Richard et Bill Wyman ont commenté le spectacle comme étant très bon, rempli d'enthousiasme."

La Presse, 1er novembre 1965


Spectacle du 30 juin 1966 au Forum de Montréal

Le troisième spectacle des Rolling Stones en territoire montréalais a laissé bien peu de traces!  Je n'ai trouvé que cette brève annonce dans le journal de divertissements Télé Radiomonde (qui se trompe de date).

Télé Radiomonde, 4 juin 1966

Le 26 novembre 1966, le journal Télé Radiomonde raconte que, lors de leur récent passage à Montréal, les gérants du bar La Licorne auraient refusé de laisser entrer les Rolling Stones car ils étaient trop mal habillés.

Télé Radiomonde, 26 novembre 1966

Après avoir accueilli les Rolling Stones trois fois en un peu plus d'un an, les fans montréalais devront patienter quelques années: leur visite suivante ayant eu lieu en juillet 1972. Cette fois, les journalistes en auront plein les bras: des milliers de faux billets, l'explosion d'une bombe artisanale, une émeute...



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Quelle mouche a donc piqué Rosaire Bilodeau? (1934)

À Québec, le 25 octobre 1934, Rosaire Bilodeau abat six personnes et en blesse gravement deux autres.

Le Soleil du 26 octobre 1934

Rosaire (ou Rosario) Bilodeau est né à Central Falls, dans l'état du Rhode Island, mais il a grandi au Québec. Puisque sa mère est décédée alors qu'il était très jeune, il a été élevé par ses soeurs Aurélie et Léonida, qui ont une vingtaine d'années de plus que lui. Il s'agit d'un homme calme, peu bavard, mais qui se considère constamment victime de graves injustices.

Rosaire Bilodeau (L'Illustration, 14 juin 1935)

Après avoir été prospecteur dans le domaine minier pendant un certain temps, il se fait engager à titre de facteur, mais il trouve ce travail trop fatigant. Il porte plainte contre un de ses supérieurs, Moïse Jolicoeur, prétextant qu'il favorise les employés qui votent pour le Parti Libéral. 

En novembre 1932, sur présentation d'un certificat médical présentant un diagnostic de neurasthénie et de surmenage, Bilodeau cesse temporairement de travailler pour le service des postes, mais la direction accepte de conserver son nom sur la liste des employés en attendant que sa santé s'améliore.

Meurtre de Gaston et Fernand Gauvin

Le 25 octobre 1934, Rosaire Bilodeau, célibataire âgé de 38 ans, est donc sans emploi depuis près de deux ans. Vers 10h30, il se rend au garage Cloutier afin de louer une automobile. Il invite ensuite ses deux neveux, Gaston et Fernand Gauvin, respectivement âgés de 20 et 18 ans, à l'accompagner dans le bois de St-André à Sainte-Thérèse de Laval (la mère des deux jeunes hommes, décédée quelques années auparavant, était la soeur de Rosaire Bilodeau). Après avoir marché avec ses neveux dans la forêt, il les abats tous les deux, à bout portant, au moyen d'un revolver automatique Mauser de calibre 32.

Meurtre d'Aurélie et Léonida Bilodeau et d'Yvette Gauvin

Vers 13h30, au volant de son auto louée, Rosaire Bilodeau retourne en ville et invite cette fois ses deux soeurs, Aurélie et Léonida Bilodeau (62 et 63 ans), ainsi que sa nièce, Yvette Gauvin (21 ans), à l'accompagner dans le bois de St-André.  Dans un sentier, il les abat à leur tour au moyen de son revolver.

(N.B.: les deux soeurs de Rosaire Bilodeau ont d'abord été présentées dans les journaux comme Marie et Rosalie Bilodeau, mais lors du procès, elles ont été identifiées comme Aurélie et Léonida Bilodeau.)

Gaston Gauvin, Aurélie Bilodeau, Léonida Bilodeau et Yvette Gauvin
(Le Soleil du 26 octobre 1934)

Fusillade à l'hôtel des postes (meurtre d'Octave Fiset)

Après avoir éliminé tous les membres de sa famille, Bilodeau se présente à l'hôtel de postes de Québec vers 15h15, où il demande à rencontrer quatre de ses supérieurs: Jean-Baptiste Morin, maître général des postes pour la ville de Québec, Octave Fiset, surintendant du service des facteurs pour la ville de Québec, Moïse Jolicoeur, commis senior pour la division de Limoilou et Louis-Napoléon Santerre, chef de la livraison postale. Santerre n'est pas disponible, mais Fiset et Jolicoeur rejoignent Bilodeau dans le bureau de Morin.

Octave Fiset, Jean-Baptiste Morin et Moïse Jolicoeur
(La Presse du 26 octobre 1934, et Le Soleil, 26 janvier 1935)

Bilodeau sort encore une fois son revolver et fait feu sur les trois hommes.  Morin est atteint de trois balles (une à la mâchoire, les autres à l'abdomen), mais il parvient malgré tout à sortir du bureau. Des employés sont accourus après avoir entendu les coups de feu; Morin leur ordonne de bloquer la porte pour empêcher la fuite de Bilodeau.

Dans le bureau,  Octave Fiset agonise; une balle lui a traversé le cerveau, une autre a transpercé un poumon. Moïse Jolicoeur a été atteint d'une seule balle qui ne met pas sa vie en danger, et il a la présence d'esprit de rester immobile. Bilodeau le croit probablement mort.

Le constable Patrick Horrigan, qui était posté à l'hôtel de ville, arrive rapidement sur les lieux. Il entre seul dans le bureau et voit Bilodeau qui tient un téléphone dans ses main; son arme est devant lui, sur un bureau. Horrigan se précipite sur Bilodeau, qui offre peu de résistance, et procède à son arrestation.

Le constable Patrick Horrigan
(Le Soleil du 27 octobre 1934)

Les trois blessés sont transportés d'urgence à l'Hôtel Dieu, mais Octave Fiset, 60 ans, est déjà mort à son arrivée à l'hôpital.

Découverte des cadavres dans la forêt

Pendant que Rosaire Bilodeau est détenu à l'hôtel de Ville, son beau-frère Séraphin Gauvin demande à le voir. Il a appris que sa fille Yvette Gauvin, ainsi que ses deux belles-soeurs Aurélie et Léonida Bilodeau sont parties en compagnie de Bilodeau au début de l'après-midi, et il ignore où elles se trouvent (à ce moment, il ignore que ses deux fils sont également disparus).

Rosaire Bilodeau avoue immédiatement aux policiers qu'il a tué ses deux soeurs ainsi que sa nièce mais, puisqu'on ne lui pose pas la question, il ne mentionne pas le meurtre de ses neveux. Bilodeau accompagne les policiers jusqu'au lieu du crime, et on découvre les trois cadavres défigurés, chacune des trois femmes ayant reçu un projectile à la tête.

On annonce la triste nouvelle à Séraphin Gauvin qui, entre-temps, a appris que ses deux fils sont également disparus après être montés dans la voiture louée de Bilodeau. 

Encore une fois, Bilodeau admet avoir avoir abattu ses deux neveux et accompagne les policiers dans la forêt. L'obscurité rend les recherches difficiles, et les deux cadavres ne sont retrouvés que le lendemain matin.

Citoyens assemblés devant la résidence de Séraphin Gauvin, où
sont exposés les corps de 5 premières victimes
(La Presse du 29 octobre 1934)

Pourquoi?

Dans les heures qui ont suivi son arrestation, Bilodeau a indiqué aux policiers les raisons pour lesquelles il a commis tous ces assassinats.

  • Il a voulu éliminer tous ceux qui avaient été ses supérieurs au service des postes afin de se venger des injustices dont il disait avoir été victime alors qu'il était à leur service.
  • Les jeunes Gauvin n'était pas heureux. Ils avaient besoin de plus d'argent que ce que leur père pouvait leur donner. Yvette voulait aller travailler dans un restaurant à Montréal et Bilodeau considérait que ce n'était pas convenable pour une jeune fille.
  • Il ne voulaient pas que ses soeurs soient soumise au déshonneur qui résulterait de son crime.

Le procès

Débuté le 24 janvier 1935, le procès de Bilodeau pour le meurtre d'Octave Fiset ne dure que 5 jours. Pendant son procès, Bilodeau semble totalement indifférent aux témoignages. Il lui arrive de s'allonger sur sont banc, dans la boîte des accusés.  Une lettre écrite par Bilodeau à sa fiancée la veille du meurtre démontre que les gestes étaient prémédités. 

Le Soleil, 26 janvier 1935

Puisque sa culpabilité ne fait aucune doute, les membres du jury doivent surtout déterminer si Bilodeau était sain d'esprit au moment des crimes: s'il ne l'était pas, il sera enfermé dans un asile d'aliéné et évitera la peine de mort. La défense fait entendre des experts qui expliquent que les crimes de Bilodeau sont attribuables à sa paranoïa, la couronne rétorque que, malgré son tempérament paranoïaque, Bilodeau a tenu des propos démontrant qu'il était pleinement conscient de la gravité de ses gestes.

Dans la soirée du 29 janvier 1935, après avoir délibéré pendant 50 minutes, le jury livre son verdict: Bilodeau et trouvé sain d'esprit et coupable du meurtre d'Octave Fiset. Il est condamné à être pendu par le cou jusqu'à ce que mort s'en suive.

Rosaire Bilodeau, 39 ans,  est pendu à la prison de Québec le 14 juin 1935 à 8h02.

Le Soleil, 14 juin 1935

 

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L'accident de la gare Windsor (1909)

Le matin du 17 mars 1909, incapable de s'immobiliser à temps, un train de passagers défonce un mur de la gare Windsor, au centre-ville de Montréal, provoquant la mort de quatre personnes qui se trouvaient dans la salle d'attente.

La Presse du 17 mars 1909

Alors que l'express de Boston se trouve dans les environs de Westmount, en direction de Montréal, le bouchon d'un tube de la chaudière saute avec un fort bruit d'explosion. Louis Craig, le jeune chauffeur de la locomotive, se trouve rapidement entouré de vapeur et, pour éviter de mourir ébouillanté, il saute hors du train et tombe dans un fossé. 

La Patrie du 17 mars 1909

Quelques minutes plus tard, le mécanicien Mark Cunningham, âgé de 52 ans, est également forcé de sauter hors du train. Lors de la chute, il subit une fracture du crâne, dont il décédera le lendemain, sans avoir jamais repris connaissance. Il avait également de grave brûlures.

Louis Craig (chauffeur), Mark Cunningham (mécanicien) et Joseph A. Dion (serre-frein)
La Presse, 17, 18 et 22 mars 1909

Pendant ce temps, le reste de l'équipage ignore qu'il est arrivé quelque chose d'inhabituel. Ce n'est qu'en passant à proximité de la rue Guy que le serre-frein Joseph A. Dion remarque que le train va beaucoup trop vite: il actionne les freins à air comprimé, puis les freins à main, mais c'est insuffisant.  À 8h37,  le train percute un mur de la gare Windsor avec une vitesse d'environ 40 miles à heure, et entre avec fracas à l'intérieur de la salle d'attente réservée aux dames dans la partie sud-ouest de la gare, démolissant tout sur son passage.

La locomotive dans la rotonde de la gare Windsor
La Patrie du 17 mars 1909

En plus d'une quinzaine de blessés, quatre personnes (dont trois enfants) meurent sur le coup, écrasés par la locomotive ou par l'affaissement d'un mur:

  • Anne Bennett Nixon et ses deux enfants, Ross (10 ans) et Marjorie (12 ans), qui s'étaient rendus à la gare pour accueillir monsieur Nixon à son retour de Medecine Hat.
  • Elsie Villiers, 12 ans qui accompagnait sa grand mère venue faire ses adieux à une amie qui partait.

Anne Bennett Nixon, Ross Nixon, Marjorie Nixon et Elsie Villiers, décédés à l'intérieur de la gare Windsor (photos: La Presse et La Patrie du 18 mars 1909)

Alors que la locomotive s'immobilise dans la salle d'attente générale, son tender (wagon spécial transportant le combustible) défonce le plancher, provoquant la chute d'une lourde poutre d'acier au sous sol, là où travaillent des employés de la gare. La poutre tombe sur le pupitre d'Yvan Bock, interprète du Pacifique Canadien, qui est alors emprisonné sous les décombres. Son délicat sauvetage, supervisé par le chef du service des incendies Joseph Tremblay, durera plus de deux heures.

Plan montrant la trajectoire de la locomotive à travers la gare
(La Patrie du 17 mars 1909)

Aucun passager du train n'a été blessé. Dès les heures suivantes, 200 ouvriers s'affairaient à retirer la locomotive des décombres et à construire un mur temporaire. Les dégâts matériels étaient évalués à $200 000. Heureusement, la structure de la gare n'a pas été fragilisée; on avait craint, initialement, à un risque d'écroulement.

La Presse du 18 mars 1909

L'enquête du coroner McMahon conclut, le 22 mars, qu'il s'agit d'un accident, aucune négligence ou geste de nature criminelle n'ayant été relevé.

Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)

 


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Catastrophe ferroviaire à Saint-Hilaire (1864)

Dans la nuit du 29 juin 1864 , un train de la compagnie de chemin de fer du Grand Tronc plonge dans les eaux de la Rivière Richelieu près de St-Hilaire, faisant près d'une centaine de victimes.


Le train était parti de Pointe-Lévis dans l'après-midi du 28 juin, avec à son bord 467 immigrants européens qui étaient arrivés la veille à bord du navire "Le Neckar". Ces immigrants, pour la plupart norvégiens, prussiens, danois ou polonais, étaient partis de Hambourg le 18 mai dans le but de s'établir dans le Haut-Canada et dans les territoires de l'Ouest.

Constitué de 12 chars (une locomotive et onze wagons habituellement utilisés pour le transport de marchandise), ce train spécial doit les conduire à Montréal. Quatre employés de la compagnie du Grand Tronc se trouvent à bord: Thomas Finn (conducteur), William Burney (ingénieur), Nicholas Flynn (chauffeur) et Gédéon Giroux (garde-frein).

Vers 1h15, après s'être brièvement arrêté à la station de St-Hilaire pour se ravitailler en eau et en bois, le train s'approche du pont de Belœil.  Ce pont, qui enjambe la Rivière Richelieu, est un pont tournant: une partie de la travée peut pivoter afin de laisser passer des bateaux. Une lanterne de couleur rouge est alors allumé pour indiquer aux conducteurs qu'ils doivent immobiliser le train en attendant que le pont puisse être traversé.

Au moment où le train s'approche de la rivière, le pont est tourné pour laisser le passage à cinq barges remorquées par un bateau à vapeur. Nicolas Griffin, le gardien du pont, voit le train arriver à grande vitesse. Il agite frénétiquement une deuxième lanterne rouge afin d'attirer l'attention du conducteur, mais il est trop tard: le train au complet s'engouffre dans la rivière.

Thomas Valiquette, le maître de gare de St-Hilaire, a entendu le bruit de l'accident. Il télégraphie à  Pointe St-Charles, où la compagnie du Grand Tronc rassemble de toute urgence une équipe de sauvetage qui arrive sur les lieux deux heures plus tard. Entre-temps, les médecins des environs ont été alertés. Dans les heures suivantes, une centaine de personnes travaillent à secourir les blessés et à récupérer les cadavres. 

"Le spectacle que présentaient ces infortunés après avoir été transportés sur la terre était des plus navrants. Ici, c'était un enfant qui cherchait en vain son père, sa mère et quelquefois les deux ensemble, là une femme qui pleurait son époux, ou bien qui avait à côté d'elle les cadavres de ses enfants. Nous avons vu un infortuné époux qui dut assister à l'amputation d'une jambe de sa femme. On nous a parlé d'une malheureuse mère qui a été trouvée morte tenant encore dans ses bras un faible enfant d'une couple de mois qui était encore vivant."   (Le Courrier de St-Hyacinthe, 1 juillet 1864)

Le bilan est catastrophique: 

"Des 384 passagers qui furent amenés à la ville on compte que 156 sont grièvement blessés et qu'un grand nombre d'autres sont plus ou moins sérieusement contusionnés. Si l'on ajoute aux 83 cadavres placés dans des cercueils à St-Hilaire, les deux ou trois victimes qui sont mortes après avoir été conduites à Montréal, on a un total de 85 à 86 morts."  (Le courrier de Saint-Hilaire du 5 juillet 1864).

Deux des quatre employés qui étaient à bord du train sont au nombre des survivants: William Burney et Gédéon Giroux. Compte tenu de ses responsabilités à titre d'ingénieur, William Burney est mis en état d'arrestation.

Le coroner Joseph Jones amorce son enquête le 1er juillet. Les témoignages permettent de constater que William Burney, même s'il travaillait depuis sept ans à bord des trains du Grand Tronc, avait été récemment promu au titre d'ingénieur sans avoir reçu de formation particulière. De plus, il connaissait mal cette partie du trajet. 

L'enquête a démontré que le train avait commencé à freiner avant de s'engouffrer dans la rivière, mais beaucoup trop tard.  Au moment de l'accident, le garde-frein Gédéon Giroux n'était pas à son poste, car le conducteur lui avait demandé de préparer des lampes dans le wagon de queue (se trouvant dans le wagon de queue, il a pu sauter du train au moment où la locomotive tombait déjà).

L'enquête du coroner se termine le 13 juillet. Tout en soulignant la négligence de quelques autres employés, le jury conclut à la négligence coupable de William Burney, qui demeure détenu en attente de son procès. À l'automne 1864, toutefois, le grand jury de Montréal arrive à la conclusion que l'accusation envers William Burney n'est pas fondée, car c'est la Compagnie du Grand-Tronc dans son ensemble qui est responsable de l'accident.

Dans la première semaine du mois d'octobre 1864, de nombreux journaux publient une déclaration du grand jury qui se montre extrêmement critique envers la Compagnie du Grand Tronc: 

  • Bien qu'ils aient payé le prix ordinaire pour leur passage, 360 passagers ont été entassés dans des wagons de fret mal aérés, et sans lumière, avec la moitié de l'espace qui leur aurait normalement été alloué dans un wagon de deuxième classe. D'autres passagers étaient debout dans le seul wagon de deuxième classe, car tous les sièges étaient déjà occupés.
  • Pendant le voyage d'une durée de 9 ou 10 heures, les passagers n'ont pas été autorisés à sortir des wagons pour "satisfaire aux besoins de la nature". Ils étaient  "contraints de chercher du soulagement comme ils le pouvaient, assis ou debout, dans les chars encombrés, au mépris de la décence et au dégoût de tous."
  • Il n'y avait qu'un seul serre-frein sur le train, alors qu'il y en a normalement deux sur un train de cette taille quand il transporte du fret, et qu'il y aurait dû y en avoir trois puisqu'il transportait des passagers.
  • La compagnie a confié les passagers à un ingénieur qui n'avait jamais fait le trajet entre Richmond et Montréal, et qui avait été promu à ce poste 10 jours auparavant, assisté d'un chauffeur qui ne connaissait rien de ce trajet lui non plus.
  • La compagnie a permis que le train fasse tout le trajet sans corde pour la cloche qui aurait permis une communication entre les deux extrémités du convoi.
  • La compagnie a toléré pendant des années que les trains ne s'arrêtent pas complètement avant d'entrer sur le pont de Beloeil, alors que la loi impose un arrêt complet de 3 minutes avant d'entrer sur un pont tournant.  

"Pour les raisons ci-dessus, et pour d'autres actes très graves d'omission et de commission, le grand jury croit de son devoir d'exprimer de nouveau sa conviction solennelle que la Compagnie du Grand-Tronc du Canada est principalement responsable de la terrible catastrophe du 29 juin dernier et de la perte de vie qui en a été la suite, et il espère que la dite Compagnie sera traduite devant les tribunaux pour répondre du traitement honteux dont ses nombreux passagers ont été les victimes. " (L'Union Nationale, 6 octobre 1864)

Notons finalement que cet accident causa indirectement un décès supplémentaire: le 3 août 1864, environ un mois après l'accident, un autre train de la compagnie du Grand-Tronc traversait le pont de Beloeil. Un passager nommé Henderson, originaire de New York, se trouvait sur la plate-forme du quatrième wagon; il se pencha au-dessus de la rampe afin d'observer le lieu de la catastrophe, et sa tête frappa violemment une poutre du pont. Son corps fut repêché dans la rivière le lendemain.

Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)

 

 


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