Scandaleux marathons de danse à St-Laurent et à Hull (1933)

Les marathons de danse ont connu une grande popularité aux États-Unis au cours des années 1920 et 1930. Pendant plusieurs semaines, les participants devaient danser en couple 24 heures sur 24, devant public, n'ayant droit à une pause que pendant 15 minutes à chaque heure. Les prix offerts aux gagnants étaient particulièrement alléchants pendant la crise économique.

Deux marathons de danse ont causé la controverse au Québec à partir de juillet 1933: le marathon de danse du parc Luna, à Hull (maintenant un quartier de Gatineau), et le Walkathon de St-Laurent Garden à Ville Saint-Laurent (maintenant un arrondissement de Montréal). Dans les deux cas, des concurrents ont poursuivi l'épreuve pendant environ deux mois.

Concurrents du Walkathon de Saint-Laurent, La Presse 28 septembre 1933

Désapprobation

Même s'ils attirent de nombreux spectateurs curieux d'observer des danseurs exténués, ces deux événements sont fortement désapprouvés par une partie de la population.

Dans Le Devoir du 4 août 1933 l'éditorialiste Émile Benoist demande l'intervention de la police:

"En attendant marcheurs et marcheuses du marathon marchent toujours. Ils marchent depuis six jours et six nuits. Ils marcheront peut-être pendant six autres jours et six autres nuits, à moins que la police n'intervienne. Cela nous le souhaitons fort. Si les autorités de Saint-Laurent ou celles de la province ne trouvent aucun article du code qui leur permette d'intervenir, qu'elles agissent au nom du simple bon sens pour mettre fin à cette stupidité."

Le 9 août, une lectrice indignée fait connaître son mécontentement dans le courrier des lecteurs du Droit d'Ottawa:

"La jeunesse, si peu retenue d'à présent, va puiser chaque jour, dans ces divertissements abrutissants, un poison terrible pour son âme et aussi pour son corps rompu, puisé à ce tour de force diabolique. Et si, comme suite de cette néfaste aventure, les jeunes personnes qui ont pris part à ce marathon, sont affaiblies et nerveuses, qui les soignera, sinon nos dispensaires et notre hôpital, et cela probablement à nos frais?... C'est vraiment révoltant!"

Le 14 août 1933, le Droit d'Ottawa publie une lettre adressée au conseil municipal de Hull par trois société féminines: la Ligue Catholique Féminine, la Jeunesse Ouvrière Catholique et le Cercle des Institutrices de Hull:

"Ces concours de danse, au dire des personnes sérieuses, sont une honte et une insulte à la dignité de la population. Ce qu'on a toléré ici ne l'a été nulle part ailleurs: en Belgique, en France, ces concours ont été arrêtés aussitôt. Le souci de la santé de ceux qui y prennent part devrait être un motif suffisant pour établir un règlement à cet effet. Les première victimes sont naturellement les jeunes filles qui souvent y compromettent leur santé pour la vie."

Procès 

En septembre 1933, chacun des quatre organisateurs du Walkathon de Ville Saint-Laurent est condamné à payer une amende de $40 pour avoir tenu une salle d'amusement sans détenir un permis de la trésorerie provinciale. Le concours se poursuit malgré tout.

L'attaque du 27 septembre

L'Illustration, 28 septembre 1933

Le 27 septembre 1933, 350 étudiants de l'université de Montréal et de l'université McGill décident de mettre fin au Walkathon de St-Laurent, prétextant qu'il est inhumain de faire marcher ainsi sans arrêt des hommes et des femmes. Les étudiants prennent le tramway sans payer, se rendent au St-Laurent Garden et s'y regroupent en chantant le "O Canada". Ils envahissent ensuite le plancher de danse, faisant fuir les concurrents en leur lançant des fruits pourris. Ils tentent ensuite de faire sortir les spectateurs.

Vitres brisées , La Presse 28 septembre 1933

Le chef des pompiers de St-Laurent fait sortir les étudiants en leur promettant de faire évacuer lui-même les 3000 spectateurs. Cependant, puisque qu'ils jugent l'évacuation trop lente, les étudiants lancent des pierres et des briques dans les fenêtres du Garden. Certains de ces projectiles atteignent des spectateurs qui se trouvent à l'intérieur de l'édifice. Ainsi, Charles Coates reçoit une pierre à la tête et Mme William Lamont est atteinte au dos par une brique. Une femme non identifiée s'évanouit après avoir reçu une pierre en plein visage.

Charles Coates et Mme William Lamont, blessés lors de l'attaque des étudiants
(La Patrie, 28 septembre 1933)

Frank Noades a eu une dent brisée: on l'a frappé avec une chaise alors qu'il tentait d'empêcher les manifestants de démolir l'émetteur radio qui servait à publiciser le concours.  Les étudiants causent des dommages matériel évalués à $500.

Le gardien de nuit Joseph Vendirendonsky tire sur les étudiants au moyen d'un revolver chargé à blanc, espérant les effrayer. Six manifestants son finalement capturés. Des négociations ont ensuite lieu avec les meneurs, qui acceptent de quitter les lieux en échange des otages.

Dès le début de l'attaque, les concurrents (neuf couples) ont été évacués en taxi et on poursuivi l'épreuve en marchant autour de l'hôtel Ford. Il sont retournés au St-Laurent Garden après le départ des étudiants.

Fermeture du walkathon

Le 3 octobre, après avoir appris que les étudiants préparaient un deuxième coup de force, le premier ministre Louis-Alexandre Tashereau ordonne que le walkathon de ville St-Laurent soit interdit au public. Dans l'après-midi, une cinquantaine de policiers font sortir les 500 spectateurs et cernent les lieux.

La Presse 10 octobre 1933


Louis-Alexandre Taschereau
Premier ministre et procureur général du Québec

400 étudiants se rendent malgré tout au St-Laurent Garden, armés d'oeufs pourris, de tomates, de bâtons et de cailloux, et tentent d'y entrer de force. Cette fois, les policiers sont plus nombreux et mieux organisés. La manifestation prend fin assez rapidement.

Le 4 octobre, le grand prix du walkathon est séparé en 16 parts égales: chacun des concurrents reçoit la somme $80 .

L'attaque du 5 octobre

La décision de Taschereau ne concerne pas le concours de danse de Hull, toutefois, qui continue ses activités. Suite au succès de l'intervention des étudiants de Montréal, des étudiants de l'Université d'Ottawa et du Collège St-Patrick décident d'envahir le Parc Luna.

Le Droit, 4 octobre 1933

Le 5 octobre, 200 étudiants tentent, pendant trois heures, de pénétrer dans l'édifice qui abrite le marathon de danse, dans le but d'y mettre fin.  Ils sont cependant accueillis par des policiers et des pompiers de Hull, qui parviennent à repousser les étudiants au moyen de leurs boyaux à incendie.  Les émeutiers causent tout de même des dégâts évalués à $200, en plus de lancer des oeufs et des cailloux en direction des policiers.  

Le gérant du parc Luna, W.H. Conroy déclare que le marathon continuera malgré tout, par respect pour les 4 couples qui ont déjà dansé pendant 1900 heures. Il profite de l'occasion pour mentionner le marathon de chaises berçantes, commencé depuis une semaine.


Le Droit, 6 octobre 1933

Le 18 octobre 1933 Le Soleil de Québec considère que les étudiants ont eu raison de mettre fin aux marathons de danse, tout en déplorant la violence dont ils ont fait preuve:

Alors qu'il existe tant de sports intéressants, sains et honnêtes, on comprend difficilement cette sorte de sadisme qui pousse certains individus à inventer des manières de s'amuser qui feraient rougir même des porcs, si les porcs pouvaient rougir.

Si on veut à tout prix maintenir les marathons, qu'on soit au moins pratique et humain. Pourquoi pas, par exemple, un concours de tricot, entre femmes, pour les pauvres qui auront froid cet hiver? Tous les concours de charité qui n'auront pas la bêtise pour base peuvent être tolérés.

Évidemment, on ne saurait approuver, sans risquer de justifier des abus beaucoup plus graves, les violences illégales des étudiants de Montréal. Il faut sévir même contre ces adversaires de la sottise. Mais en principe, ils avaient raison de vouloir terminer la macabre parade.

 

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Des alligators dans la rivière des Outaouais (1929)

Ouvert depuis 1925 sur le site de l'actuel Parc Moussette à Hull, au bord de la Rivière des Outaouais,  le Parc Luna était un parc d'attraction où on proposait différents manèges: montagnes russes en bois, caroussel, véhicules électriques,  patinage à roulettes, etc.

Plan du Parc Luna (1928)


Publicité du Parc Luna, Le Droit, 12 juin 1930

Les promoteurs du Parc Luna y ajoutèrent ensuite un petit jardin zoologique. C'est pour cette raison que le 12 juillet 1929, le Parc reçoit une cargaison de 26 alligators des marais de la Floride. Mais pendant que l'employé Joseph Charlebois les déplace à tour de rôle vers l'aquarium qui a été préparé à leur intention, deux alligators parviennent à s'échapper. Malgré les tentatives de Charlebois de les capturer à nouveau, les deux alligators, qui mesurent environ 5 pieds de longueur, disparaissent dans les eaux de la Rivière des Outaouais.

Le Droit, 13 juillet 1929

L'un des deux alligators est capturé le lendemain par P. Convoy, le gérant du Parc Luna, avec l'aide de deux autres employés. Pendant la capture, Monsieur Convoy est légèrement blessé au bras par un violent coup de queue.

Le Droit, 15 juillet 1929

Le deuxième alligator, toutefois, ne sera jamais retrouvé! On offre une récompense de $25 à quiconque rapportera l'alligator vivant, et de $10 si l'alligator est mort (mais le chasseur pourra alors conserver la peau, qui a une bonne valeur marchande).


Le Droit, 16 juillet 1929

Deux semaines après son évasion, l'alligator est aperçu à Eardley, par un cultivateur qui faisait boire ses chevaux dans la rivière.


La Presse, 25 juillet 1929

L'alligator est aperçu à nouveau à Woodroff, le 26 août. Il est alors en liberté depuis un mois et demi. C'est la dernière fois qu'on mentionne son existence: il semble n'avoir jamais été retrouvé.

La Presse, 26 août 1929


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La précieuse sacoche de Maître Plamondon (1904)

À l'automne 1904, l'avocat sorélois J.D. Plamondon se rend à Ottawa pour y déposer des documents officiels relatifs à l'élection fédérale qui a eu lieu quelques jours plus tôt. Mais il s'arrête d'abord à Montréal, y passe quelques jours...puis disparaît mystérieusement.

La Presse, 12 décembre 1904

Le 12 décembre 1904, le journal La Presse rapporte qu'on a découvert sur la rue Amherst, à Montréal, une sacoche renfermant d'importants documents officiels relatifs à l'élection fédérale dans le comté de Richelieu: le relevé du scrutin, les comptes de l'élection, le rapport officiel de l'officier-rapporteur au greffier de la Couronne... Cette sacoche est vraisemblablement celle que transportait l'avocat J. Daniel Plamondon, de Sorel, dont on est sans nouvelles depuis plusieurs jours! Plamondon a-il été assassiné? A-t-il fui aux États-Unis après avoir dilapidé l'argent qu'il était chargé de transmettre au gouvernement? S'est-il suicidé après avoir constaté la perte des précieux documents?  On l'ignore!

La sacoche trouvée sur la rue Amherst (La Presse, 16 décembre 1904)

J. D. Plamondon, 45 ans, avait été nommé officier-rapporteur du comté de Richelieu pour les élections fédérales du 3 novembre 1904. À cette occasion, le député libéral Arthur Aimé Bruneau a été réélu après avoir obtenu plus de votes que Bruno Leclaire, son adversaire du parti conservateur.

J.D. Plamondon (La Presse, 16 juin 1905)

En décembre 1904 et en janvier 1905, le journal La Presse mène une enquête qui permet de reconstituer en partie le séjour de l'avocat Plamondon à Montréal.

Le 18 novembre, Plamondon quitte Sorel en train, en disant qu'il se rend à Ottawa afin de remettre en mains propres les documents de l'élection au Greffier de la Couronne en Chancellerie. Sa sacoche de cuir contient, entre autres choses,  le dépôt de chacun des deux candidats à l'élection du 3 novembre (un total de $400). Un certain Frank Côté, qui se trouve à bord du même train, dira plus tard que Plamondon "paraissait avoir des allures étranges".

Vers midi ce jour-là, Plamondon prend une chambre à l'hôtel Jacques-Cartier de Montréal. Charles N. Savage, le gérant de l'hôtel raconte au journaliste de La Presse que Plamondon était très bavard. Il lui a confié sa sacoche, son seul bagage, pour qu'elle soit placée dans le coffre-fort de l'hôtel. Il lui confie également son très chic chapeau haut de forme en soie.

Le 19 novembre, Plamondon se rend à la banque d'Hochelaga, sur la rue St-Jacques pour encaisser un chèque. Son identité a été établie par le seigneur Massue-Drolet de St-Aimé.  D'après le témoignage de M. Biron, surintendant des marchés de Montréal, Plamondon visite également la cour du Recorder, où il discute avec d'autres avocats.

Le matin du 21 novembre, Plamondon quitte l'hôtel Jacques-Cartier, après avoir récupéré sa sacoche et son chapeau de soie, déclarant qu'il se dirige vers Ottawa. Toutefois, en soirée, un témoin voit Plamondon, en état d'ébriété, au coin des rues Cadieux et La Gauchetière, en compagnie de deux jeunes hommes d'allure louche: "Ils étaient fort mal vêtus, et ils me paraissaient plutôt, à côté de ce monsieur en chapeau de soie, être de ces gens-là que des malheureux rencontrent assez souvent dans les buvettes borgnes, liant conversation avec eux, dans leur ivresse, pour se retrouver ensuite dévalisés."

Le 23 novembre, en fin d'après-midi, Plamondon retourne à l'hôtel Jacques-Cartier mais, cette fois, il est visiblement en état d'ébriété, à un point tel qu'il est incapable de signer le registre. Il était très "fripé", nous dit M. Savage, "ses vêtements et son chapeau témoignant d'une rude escapade". Il n'est plus en possession de sa sacoche.

Le 24 novembre, Plamondon quitte discrètement l'hôtel Jacques-Cartier, laissant son chapeau de soie en guise de paiement.

Quelques résidentes de la rue Amherst affirment avoir vu Plamondon, après le 25 novembre, à la recherche de sa sacoche. Il leur raconte avoir visité une maison de cette rue "pour s'amuser un brin", et y a oublié sa sacoche, mais il ne se souvient plus de l'adresse exacte!   "Je vous en supplie, dit-il, rendez-mois mes papiers; si vous le voulez, gardez la sacoche avec tout l'argent qu'elle contient, je saurai le remplacer, mais remettez-moi le reste..."

La Presse, 13 janvier 1905

Le matin du 11 décembre, deux résidents de la rue Amherst, Louis Picard et Olivier Ménard, trouvent la sacoche de Plamondon sur le bord de la rue, pas très loin du fleuve. Le 15 décembre, le député Camille Piché récupère la sacoche et expédie à Ottawa les documents qu'elle contient.

Le 16 juin 1905, un cadavre est trouvé dans le fleuve St-Laurent, entre les quais Jacques et Victoria, pas très loin de l'endroit où la sacoche avait été retrouvée quelques mois plus tôt. Le corps est en état de putréfaction avancée, mais sa taille et ses vêtements correspondent à la description de l'avocat de Sorel. De plus, on trouve dans sa poche quelques documents concernant les districts de votation du comté de Richelieu, et une lettre datée du 14 novembre, adressée à J. D. Plamondon.

Le 18 juin 1905, les restes de J. D. Plamondon sont inhumés au cimetière des Saints-Anges de Sorel.

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Les débuts de la Beatlemania au Québec (1964)

Le Petit Journal, 8 mars 1964

De nos jours, les Beatles sont unanimement reconnus comme un groupe qui a révolutionné la musique populaire du vingtième siècle. Cependant, les premiers commentaires à leur sujet dans les médias québécois s'attardaient davantage à leur coupe de cheveux qu'à leurs chansons.

Un des premiers journalistes québécois à mentionner les Beatles est le chroniqueur Raymond Guérin, du journal La Presse. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne les apprécie pas du tout ... au point de leur consacrer trois billets dans la même semaine, en février 1964!

La Presse, 4 février 1964

D'abord, le 4 février 1964: 

"Quand je dis "chanteurs", je suis évidemment poli. La sorte de sons qu'ils émettent n'a qu'une parenté très lointaine avec le chant proprement dit. Les "Beatles" font dans le rock, le twist, le "yé, yé", et autres, des manifestations nerveuses qui n'ont qu'un rapport fort lointain avec la musique. Mais je n'ai pas besoin d'insister là-dessus. Vous connaissez le genre.

Toutefois, ce qui distingue les "Beatles" des autres farfelus de la chanson, c'est leur coupe de cheveux. Il est possible que vous les ayez vus sur photos; si oui, vous aurez été étonnés des têtes qu'ils ont: Ils ont l'air de femmes!     (...)

Voici quatre jeunes gens, à peine sortis des couches de l'adolescence, qui se promènent avec une tignasse monstrueuse, les cheveux sur le front, les cheveux sur les oreilles, les cheveux tout partout, sauf aux endroits par où il faut voir et respirer.

Des têtes? Non, de vadrouilles ambulantes!    (...)

Moi, je vous le dis franchement, je vais demander au directeur Josaphat Brunet un permis de porter des ciseaux. Et si je rencontre un des "Beatles", ou quelqu'un qui leur ressemble, je fais des ravages.

(La Presse,  4 février 1964)  

Publicité des magasins Morgan, La Presse, 5 février 1964

Guérin revient à la charge 3 jours plus tard, suite à la parution d'une publicité des magasins Morgan, qui offrent désormais des disques des Beatles ainsi qu'une "perruque Beatles" (d'après le Petit Journal du 8 mars 1964, la totalité de 1200 perruques ont été vendues en 3 jours):

"Sombre journée que celle de mercredi, où j'aperçus, dans notre journal, une annonce proclamant l'invasion tant redoutée des Beatles à Montréal. Ah! Malheur de nous! Quand je vous disais qu'il fallait craindre le pire...

Les Beatles, ces quatre jeunes échevelés britanniques qui se disent chanteurs, ont fait irruption dans notre trop accueillante cité, non pas en personne - on respire! - mais par voie du disque et du cheveu postiche.

Eh oui! On annonce maintenant la vente de deux microsillons des oeuvres des Beatles. Et pour joindre la douleur de la vue à celle de l'oreille, on offre également aux clients la nouvelle perruque Beatle, "à frange et à accroche-coeur", mes trésors!

Je passe sous silence le phénomène de ceux qui achèteront en tout sérieux cette perruque. Cela relève plutôt de la chronique médicale - côté psychiatrie.    

(La Presse,  7 février 1964) 

Guérin mentionne les Beatles pour un troisième fois le 10 février 1964 pour déplorer, cette fois, les excès d'enthousiasme de leurs admiratrices:

"J'ai vu les Beatles en personne hier soir, à l'émission de TV d'Ed Sullivan. Ils ont l'air de bons petits garçons. On a envie de les moucher. Hideux, mais bien inoffensifs.

Ce sont les filles de l'auditoire qui font peur! "

(La Presse,  10 février 1964) 

Publicité des magasins Morgan, La Presse, 14 février 1964

La chronique de Raymond Guérin se voulant humoristique, on peut probablement lui pardonner certaines exagérations. Mais Claude Gingras, responsable de la rubrique "disques", n'est pas beaucoup plus subtil que son confrère:

"Si vous ne connaissez pas encore les Beatles, c'est que vous ne vivez pas sur notre planète! Car il est impossible de les avoir ratés: leurs chevelures en broussaille sont maintenant répandues dans le monde entier, sous forme de petites perruques bon marché, leurs têtes grimaçantes sont dans tous les journaux, leurs gesticulations sont sur tous les écrans de télévision, leurs hurlements sont sur touts les postes de radio. La "beatlemanie" a envahi le monde, et le comble, c'est que la reine-mère d'Angleterre les aime beaucoup, paraît-il.

Le grand avantage de ce disque, c'est qu'on ne les voit pas et qu'on peut les arrêter quand on veut."

(La Presse,  15 février 1964)


La population bien-pensante semble aussi de cet avis. Par exemple, Pierre Caron, un lecteur de la Presse, croise parfois, avec honte et répugnance, de jeunes québécois qui ressemblent aux Beatles: 

Or, voici ce qui est survenu l'autre dimanche, et croyez bien que je n’exagère pas. Mon épouse, qui est une personne plutôt placide était dans le vivoir devant l'appa­reil de TV afin de voir la présentation d’Ed Sullivan: j'étais dans une autre pièce à savourer un bon livre, quand tout à coup j’entendis un cri d'hor­reur lancé par mon épouse. J'accours pour constater qu'on montrait les "Beatles" sur l'é­cran. Je vous ferai grâce des mots et jurons que j'ai pronon­cés.   (...)

Pourquoi je suis demeuré devant mon appareil de TV après les nouvelles de l’heure du souper ce même mercredi, je l'ignore. À tout événement, on y présentait, au canal 2, une émission intitulée "Le pain du jour" et quelle ne fut pas ma consternation quand j'ai constaté que quatre jeunes hommes, parmi les interprètes masculins, étaient affublés d'une tête, ou plutôt de quatre têtes presque semblables à celles des "Beatles".

J'ai souvent vu de ces "bibittes", soit à la sortie des élèves de nos collèges classiques, de nos écoles supérieures ou au­tour de l’université et c'est avec honte, avec répugnance que je constate que ce sont toujours nos jeunes Canadiens français qui portent ce genre de che­velure.

(La Presse,  5 mars 1964) 

Le Soleil, 28 janvier 1964

En plus de leur influence néfaste sur les préférences capillaires des jeunes hommes, les observateurs s'inquiètent de l'hystérie collective qui s'empare de l'auditoire féminin à chaque apparition publique du quatuor. Le révérend père Jean-Louis Bouillé, alors directeur de la revue L'Actualité,  s'indigne de l'inaction du personnel enseignant:

D'un côté, quatre têtes-vadrouilles tablant sur la bêtise humaine avec la bénédiction des rois du show business, pour se faire des sous. De l'autre, un lot de jeunes adolescentes plongées en pleine hystérie, au bord de la névrose. C'était à pleurer. Elles criaient, s'agitaient, se tiraient les cheveux en proie à un véritable délire. Ce spectacle de démence, des millions d'adolescents y ont participé. Deux réflexions nous viennent à l'esprit à la suite de cet événement déprimant au possible.

Comment des adultes, car ce sont eux les responsables, largement payés pour faire honnêtement leur métier, peuvent-ils, de sang froid, accepter de plonger ainsi des âmes neuves en pleine névrose et risquer que ces déséquilibres se prolongent au détriment de toute une vie?   (...)

Notre deuxième réflexion porte sur le silence ou tout au moins l'absence de réprobation de nos média d'information et de nos éducateurs. (...)  Mais qu'on expose au déséquilibre nerveux et mental les jeunes intelligences en les invitant à participer à des spectacles d'hystérie collective ne semble pas émouvoir outre-mesure ces passionnés de l'éducation.

(Le Bien Public, 26 juin 1964)

Dans une lettre à la Presse, Mireille Barrière, éducatrice, conseille au père Brouillé de ne pas exagérer l'influence des Beatles sur les jeunes québécoises:

Les jeunes, dit le Père Brouil­lé, sont menacés de déséquili­bre mental devant cette hysté­rie collective. Je vis depuis six mois avec trente jeunes délu­rées, presque toutes ferventes admiratrices des "Beatles”: elles sont encore très saines d'es­prit et ne s'arrachent pas les cheveux.  (...)

Combien de nos mères ac­tuelles se sont pâmées devant les yeux nébuleux d'un Valen­tino et ont perdu conscience le jour de ses obsèques, et pourtant elles sont aujourd'hui parfaitement équilibrées. Chaque âge connaît ses engouements, alors, cessons de nous battre contre des moulins à vent.

(La Presse, 16 mars 1964)

Publicité pour le film "A hard day's night" dans un cinéma de Montréal

Le 15 mai 1964, les guichets du forum de Montréal sont assailli par des centaines de jeunes qui désirent mettre la main sur des billets pour un des deux spectacles des Beatles, prévus le 8 septembre (une première représentation en après-midi, à 16h00, et une deuxième en soirée, à 20h30). Prix du billet: $5,50.  400 personnes ont passé la nuit à la belle étoile, devant le forum,  pour obtenir les meilleurs places; le journaliste non-identifié de la La Presse précise que la plupart d'entre eux s'exprimaient en anglais.

La Presse, 15 mai 1964

Le 8 septembre 1964, c'est le grand jour!  Près de 12000 personnes sont entassées dans le forum pour écouter leurs idoles (ou plutôt, d'après la description des journalistes, crier à tue-tête pendant toute la durée du spectacle à un point tel qu'on n'entend pas vraiment la musique).

Montréal Matin, 9 septembre 1964

Auparavant, les Beatles avaient été accueillis à l'aéroport international de Dorval par environ 3000 admirateurs, malgré la pluie.

Quelques centaines de personnes les attendaient plutôt devant l'entrée du forum de Montréal. Elles ont été leurrées par des imposteurs qui sont arrivés à bord d'un taxi pour détourner leur attention, pendant que les véritables Beatles arrivaient en Limousine à une autre entrée du forum.

Les Beatles à leur arrivée à l'aéroport de Dorval
(Photo Journal, 9 septembre 1964)

Le spectacle dure deux heures: les 90 premières minutes sont assurées par des artistes pas très connus, alors que les Beatles eux-mêmes ne jouent que pendant 35 minutes, offrant à leur public un total de 11 chansons.

La journaliste de La Patrie décrit l'auditoire de la représentation de 16 h: moyenne d'âge: 13 ou 14 ans, majorité féminine à 80%. L'auditoire de la représentation de 20h30 était un peu plus âgé.

La foule a été bruyante, mais aucune spectatrice n'est parvenue à monter sur la scène; on a mentionné que la foule de Montréal avait été la plus disciplinée de la tournée.

Une partie de l'auditoire, pendant le concert des Beatles à Montréal
La Patrie, 10 septembre 1964

Quelques spectatrices pendant la prestation des Beatles à Montréal
(Le Petit Journal, 13 septembre 1964)


Une jeune spectatrice est transportée par des ambulanciers
(Le Petit Journal, 13 septembre 1964)

Il s'agit de l'unique visite des Beatles à Montréal. En 1969, toutefois, le célèbre "bed-in" de John Lennon et Yoko Ono eut lieu à l'hôtel Reine Élisabeth de Montréal.

D'autre part, la mode favorisa des cheveux beaucoup plus longs dans les années suivantes...
 
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Drame éléphantesque à Rock Forest (1978)

Le 5 mai 1978, lors d'une représentation du cirque Gatini à Rock Forest, près de Sherbrooke, un éléphant tue sa dompteuse devant des centaines spectateurs horrifiés. Terrifié, un deuxième éléphant s'enfuit dans les rues de Rock Forest.

La Tribune, 6 mai 1978

Malgré son nom à consonance italienne, le Cirque Gatini était québécois. Dirigé par le montréalais Michel Gatien, le cirque a sillonné tout l'est du Canada pendant trois étés, de 1977 à 1979, visitant 75 villes chaque année. Il s'agissait d'un cirque traditionnel qui présentait des clowns, des acrobates, des jongleurs, des trapézistes, des équilibristes et des animaux exotiques sous un grand chapiteau. 

Publicité du cirque Gatini, 1978

Une des principales vedettes de l'édition 1978 était Éloïse Berchtold, une américaine de 42 ans. Native de Cincinnati, Éloïse Berchtold entraînait des animaux depuis son plus jeune âge; elle avait fait ses début à l'âge de 17 ans avec le cirque des frère Christiani. Le Petit Journal du 10 avril 1955 décrit un numéro dans lequel elle était hissée à plusieurs mètres du sol en se tenant par les dents, en compagnie de trois ours.  Dans Le Petit Journal du 26 juin 1960, on explique qu'elle est la première personne à avoir réussi le dressage d'un éléphant africain (il s'agit de  Koa, qu'elle a ensuite donné à un zoo, car il était devenu trop agressif...). Malgré tout, sa seule blessure (à une jambe), datait de 1955, suite à l'attaque d'un de ses 13 ours en pleine représentation.

Le Petit Journal, 10 avril 1955

Le 5 mai 1978, le cirque Gatini avait installé son chapiteau dans le stationnement d'un centre commercial de Rock Forest; il s'agissait du troisième arrêt de la tournée 1978, après Coaticook et Magog.

Trois jours plus tôt, l'Écho de Frontenac avait écrit: "La nouvelle édition inclut Éloïse Berchtold, la seule femme au monde qui risque sa vie à chaque représentation parmi les fauves les plus redoutables de la jungle. Seule dans une énorme cage d'acier, elle affronte des lions, des tigres, des guépards et des ours dans un numéro qui gardera en haleine."  Elle risquait sa vie, en effet!  L'accident fatal n'est toutefois pas survenu dans son numéro d'ouverture en compagnie des fauves, mais dans le numéro final, mettant en scènes ses éléphants. 

Écho de Frontenac, 2 mai 1978

Pour ce numéro, Mme Berchtold disposait de trois éléphants asiatiques, tous des mâles: Tonga, Teak et Thai.  Toutefois, depuis quelques jours, Tonga s'était montré très agressif envers ses deux congénères, et la dompteuse avait jugé plus prudent de le garder à l'écart. La représentation de Rock Forest ne comporte donc que deux éléphants: Teak et Thai.

Vers 21h, pendant la prestation des éléphants, Éloïse Berchtold trébuche, et Teak profite de cette chute sur le sol pour la frapper violemment avec sa trompe, avant de la transpercer avec une de ses défenses.

Évidemment, le public consterné est évacué de toute urgence. Mais il est impossible de s'approcher de la dompteuse pour tenter de lui porter secours (ou à tout le moins de récupérer sa dépouille) car Teak, très agressif ne laisse personne s'en approcher. Éloïse Berchtold s'était toujours occupée elle-même du soin de ses animaux, et personne parmi le personnel du cirque n'a été entraîné à contrôler un éléphant agressif!

Contre toute attente, c'est l'organiste chargé de la musique d'accompagnement qui prend l'initiative de faire reculer l'éléphant en imitant les gestes et les commandements auxquels la dompteuse l'a habitué! 

Montréal-Matin, 8 mai 1978

Pendant ce temps, Thai, le deuxième éléphant, en a profité pour s'enfuir dans les rues de Rock Forest: après avoir déambulé sur le boulevard Bourque, la rue Kennedy et la rue Bourassa,  il trouve refuge dans un boisé. Très craintif, il ne montre pas de signes d'agressivité, mais ne se laisse approcher par personne.

Deux éléphants au centre-ville, c'est un peu trop pour les modestes effectifs de la police municipale de Rock Forest, qui demande l'assistance de la police de Sherbrooke et de la Sûreté du Québec.  Le vétérinaire du jardin zoologique de Granby, qui a l'habitude d'anesthésier des éléphants, est également appelé sur les lieux.

Les deux éléphants appartiennent en fait à Morgan Berry, l'associé d'Éloïse Berchtold, qui se trouve dans son ranch de Woodland, dans l'état de Washington.  Mis au courant de la situation, M. Berry consent à ce que l'éléphant Teak soit abattu.

Près de deux heures après le décès de la dompteuse, Teak, toujours sous le chapiteau,  se montre agressif envers tous ceux qui tentent de l'approcher. Le vétérinaire tire une fléchette anesthésiante, ce qui a pour effet de rendre l'éléphant fou furieux. Deux policiers sont forcés de tirer sur le pachyderme avec des armes de fort calibre: atteint de quelques projectiles à la tête, Teak continue d'attaquer!  14 projectiles seront nécessaires pour en venir à bout.

La Tribune, 8 mai 1978

Il reste à déplacer le cadavre de 3 tonnes: au moyen de chaînes, l'éléphant est hissé sur la plate-forme d'un camion-remorque afin d'être livré  à une usine spécialisée dans la récupération de carcasses animales. Un employé du cirque coupe les défense de l'animal: l'une d'entre elles sera mise aux enchères dans les semaines suivantes.

La Voix de l'Est, 29 mai 1978

Le 6 mai vers midi, Morgan Berry arrive à Rock Forrest à bord d'un hélicoptère de la Sûreté du Québec; on le conduit jusqu'à Thai, qui se trouve dans le boisé depuis la veille. L'éléphant reconnaît son propriétaire et accepte de le suivre. Berry repart aux États-Unis avec les animaux d'Éloïse Bechtold.

Environ un an plus tard, Morgan Berry sera lui-même mortellement piétiné par un de ses éléphants.

La Tribune, 24 juillet 1979

Quant au cirque Gatini, il reprend ses activités dès l'après-midi du 6 mai: aucune représentation n'a été annulée!

Pour la rédaction de cet article, en plus des articles de journaux de l'époque, j'ai eu l'occasion de consulter le livre "Dernier tour de piste" par Claude Bordez et Giovanni Iuliani, publié aux Éditions JCL.


Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)

 

À lire également:

  • À Montréal en 1895, Ovide Desjardins est accidentellement poignardé à mort pendant une représentation théâtrale de son école.

Le géant Beaupré

C'est au début du mois de mars 1901 que les journaux québécois commencent à parler d'Édouard Beaupré, qu'ils surnomment "le géant canadien". Âgé de 20 ans, Beaupré mesure 7 pieds et 8 pouces (2,34 mètres) et pèse 360 livres (165 kg) (N.B.: il a continué de grandir par la suite, atteignant 2,52 m ! Encore de nos jours, Beaupré arrive au 5e rang des hommes les plus grands de l'histoire). 

Beaupré est né a Willow Bunch, en Saskatchewan (mais à l'époque, on disait qu'il provenait des Territoires du Nord Ouest, puisque la Saskatchewan n'a été constituée qu'en 1905). Ses parents, Gaspard Beaupré et Florestine Piché, sont de taille parfaitement normale. 

Après avoir séjourné quelques jours à Ottawa, Beaupré arrive à Montréal le 5 mars 1901, en compagnie de son gérant. Les journalistes s'extasient devant son imposantes stature, sa grande force physique, et son énorme appétit.

Édouard Beaupré et un journaliste du journal La Patrie
(publié dans La Patrie du 6 mars 1901)

Environ une semaine après son arrivée à Montréal, le géant Beaupré lance un défi à Louis Cyr, le légendaire homme fort québécois: osera-t-il l'affronter dans un combat de lutte au corps à corps? Beaupré a choisi un combat de lutte, même s'il n'en a jamais fait auparavant, car il sait ne pas être en mesure de soulever des charges aussi lourdes que celles soulevées par Cyr.

Louis Cyr accepte le défi, même s'il n'est pas vraiment un lutteur et n'est plus au sommet de sa forme. Il insiste toutefois pour que le combat soit suivi d'une démonstration de force musculaire. Le combat a donc lieu au parc Sohmer de Montréal le 25 mars 1901, devant une assistance d'environ 1000 spectateurs. Le combat ne dure que trois minutes et Louis Cyr l'emporte avec une facilité déconcertante. 

Louis Cyr et Édouard Beaupré
Tiré de La Presse du 16 mars 1901

Dans les semaines suivantes, Édouard Beaupré s'exhibe à différents endroits en Nouvelle-Angleterre et au Québec, en compagnie de son gérant Elzéar Fortin. Puis, le 29 octobre 1901, le journal La Presse annonce qu'il est retourné chez sa famille à Willow Bunch.

Le Samedi du 23 mars 1901

En mars 1902, différents journaux prétendent qu'Édouard Beaupré est sur le point d'épouser Ella Ewing, une géante américaine ayant fait carrière avec le cirque Barnum et Bailey, et qui est un tout petit peu plus grande que lui. Il s'agit toutefois d'un canular.

Le géant Beaupré revient à Montréal en mai 1902, pour y devenir hôtelier. Pendant quelques mois, de nombreuses publicités incitent la population à visiter le restaurant de la Maison Fortin afin d'y faire la rencontre du géant.

Publicité de la Maison Fortin
La Presse, 2 juin 1903

Le 5 décembre 1903, la Presse annonce encore une fois le retour de Beaupré dans son ranch familial de l'ouest canadien.

Le 5 juillet 1904, les journaux annoncent le décès inattendu d'Édouard Beaupré, à l'âge de 23 ans.  Il travaillait alors à l'exposition de St-Louis, au Missouri, et semblait bien se porter. Pendant la nuit, il a demandé une tasse de thé, et s'est mis à cracher du sang. Il est décédé avant l'arrivée du médecin.

La Patrie du 5 juillet 1904

Il aurait été logique que l'histoire se résume à ceci: grâce à sa taille hors norme, Édouard Beaupré a été célèbre pendant 3 ans, puis est mort prématurément de tuberculose.

L'histoire du géant Beaupré, malheureusement, ne s'est pas terminée lors de son décès. Son cadavre allait subir de multiples outrages pendant des dizaines d'années encore!

Immédiatement après son décès, le nouveau gérant de Beaupré fait embaumer son cadavre pour qu'il puisse continuer d'être montré aux visiteurs de l'exposition de St-Louis. C'est que des engagements ont été pris, et il serait bien dommage que le décès du géant l'empêche de respecter son contrat!

Le cadavre pétrifié d'Édouard Beaupré est donc exhibé à St-Louis, au Missouri, pendant plusieurs mois.

En janvier 1905, un dénommé Pascal Bonneau tente d'obtenir un permis pour exposer à Montréal le cadavre pétrifié du géant Beaupré. Le permis lui est refusé. Le promoteur revient à la charge à la fin du mois de mars, et fait expédier à Montréal, par train,  l'immense cercueil contenant le cadavre du géant. Puisque les autorités municipales lui refusent encore une fois le permis demandé, Bonneau tarde à réclamer le cadavre de Beaupré, que le personnel de la compagnie Dominion Express trouve bien encombrant, d'autant plus qu'il dégage une forte odeur de produits chimiques!

Il semble que les permis nécessaires finissent par être obtenus, car le cadavre du géant Beaupré est ensuite exhibé pendant quelques mois au musée Eden, sur la rue Saint-Laurent, et ensuite sous une tente au parc Riverside. 

En novembre 1906, des enfants découvrent, en jouant au parc Riverside, une grande caisse renfermant le cadavre du géant Beaupré! Il semble que le promoteur qui l'avait exhibé à cet endroit a choisi de s'éclipser discrètement, abandonnant le cadavre derrière lui!

La Patrie du 21 novembre 1906

Suite à cette découverte, le cadavre est récupéré par la faculté de médecine de l'Université de Montréal, 

En 1975, Ovila Lespérance, neveu du géant, visite l'université, et est indigné de constater que le cadavre de son oncle y est exposé en public, dans une vitrine, entièrement nu. Il demande que le corps soit retourné à sa famille, en Saskatchewan.

L'université accepte alors de retirer le cadavre de la vue du public, mais elle tergiversera pendant 15 autres années avant d'accepter de restituer le cadavre à la famille.

C'est finalement en juillet 1990 que le cadavre du géant Beaupré est incinéré, puis expédié dans son village natal de Willow Bunch, où il est inhumé près d'une statue à son effigie.

La Presse du 9 juillet 1990

Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)

 

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Pièce de théâtre sanglante (1895)

Le 20 juin 1895, lors de la présentation d'une pièce de théâtre à son école, le jeune Moïse Desjardins a accidentellement poignardé à mort, sur la scène, son camarade Ovide Lorrain.

Le Spectateur, 28 juin 1895

L'école Champlain, située sur la rue Fullum à Montréal, présentait ce soir-là un drame en trois actes intitulé "Les jeunes captifs", par l'Abbé Lebardin. Au dernier acte de la pièce, un personnage nommé Pietro (joué par Moïse Desjardins, 14 ans) poignarde le traître Sterno (joué par Ovide Lorrain, 16 ans).

Jugeant que le faux poignard fourni par l'école manquait de réalisme, Ovide Lorrain avait apporté de son domicile un véritable poignard, à l'insu du personnel de l'école et malgré l'interdiction de sa belle-mère. Il l'avait prêté à Moïse Desjardins et lui avait montré comment empoigner son costume pour y faire passer la lame à travers le tissus, afin que l'illusion soit parfaite.

Mais dans le feu de l'action, à cause d'un faux mouvement, Moïse Desjardins a véritablement poignardé Ovide Lorrain à la gorge. Ce dernier a couru à l'arrière de la scène en criant "Je suis frappé!", avant de s'effondrer dans une mare de sang.

La victime, Ovide Lorrain
(La Presse, 21 juin 1895)

On a évidemment interrompu la présentation de la pièce et fait sortir le public, parmi lequel se trouvaient la belle-mère et les deux soeurs de la victime! Pendant qu'Ovide Lorrain agonisait, Moïse Desjardins, en état de choc, l'implorait de lui pardonner. Le jeune Desjardins est décédé au bout d'environ 15 minutes. Il était déjà mort à l'arrivée du Dr. J. O. Gadoury, qu'on était allé quérir d'urgence.

Lors de l'enquête du coroner McMahon, le lendemain matin, Moïse Desjardins a expliqué qu'un faux poignard en bois (totalement inoffensif) avait été utilisé pendant toutes les répétitions de la pièce. Ovide Lorrain lui avait donné le véritable poignard en lui expliquant comment procéder (empoigner sa robe pour que la lame traverse le tissus sans le blesser), mais Lorrain aurait bougé d'une façon que Desjardins n'avait pas prévu, et la lame a pénétré dans sa gorge.

Sans être des amis proches, Desjardins et Lorrain se connaissaient assez bien, et tous les témoins on confirmé qu'il n'avaient eu connaissance d'aucune querelle les impliquant.

La belle-mère de Lorrain a expliqué qu'elle lui avait interdit d'apporter le poignard à l'école pour jouer la pièce, elle l'avait même caché pour s'assurer qu'il ne l'apportait pas, mais il l'avait visiblement trouvé malgré tout.

Suite aux différents témoignages, le jury a rendu un verdict de mot accidentelle, n'imputant le blâme à personne.

Une dépêche publiée dans le journal La Presse du 24 juin 1895 indique que depuis le drame, Moïse Desjardins est très malade, au point que ses proches craignent pour sa vie.  On n'en a plus reparlé par la suite.

La Presse, 24 juin 1895

Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)

 

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