Décès de l'aubergiste Joe Beef (1889)

Le 15 janvier 1889 à Montréal, l'aubergiste Charles McKiernan, mieux connu sous son surnom "Joe Beef", décède d'une crise cardiaque à l'âge de 53 ans.  Trois jours plus tard, quelques milliers de personnes suivent le cortège funéraire jusqu'au cimetière Mont-Royal. Selon certains observateurs, Montréal n'a jamais vu une telle foule depuis les funérailles du député Thomas D'Arcy McGee, assassiné 20 ans plus tôt. Joe Beef n'était pourtant qu'un simple aubergiste mais, grâce à sa forte personnalité, il avait beaucoup fait parler de lui.

Charles McKiernan (Joe Beef)
Musée McCord Stewart Montréal

Né en Irlande en 1835, Charles McKiernan a d'abord été militaire dans l'Artillerie Royale britannique, qu'il a accompagnée au Canada en 1864 à titre de Cantinier. En 1870, il ouvre sur la rue Claude à Montréal la taverne "Crown and Sceptre", puis déménage un peu plus tard sur la rue de la commune en prenant le nom de "Joe Beef Canteen".

Cantine de Joe Beef
(L'Action Catholique, 15 août 1954)

Cet établissement comporte, au premier étage, la cantine proprement dite, où il est possible de boire et manger à sa faim à faible coût, voire même gratuitement, si on n'a pas les moyens de payer, ainsi qu'un dortoir à l'étage, où il est possible de passer la nuit.

L'établissement attire une clientèle variée, particulièrement chez les moins fortunés:  "des honnêtes gens, des vieux soldats; de pauvres diables versés sur le quai par des navires venant de toutes les parties du monde; des malheureux, que l'abus de boire avait fait échouer là, où ils pouvaient encore avaler, de temps en temps, un verre de whisky qui écorchait le palais; des anciens pensionnaires des prisons cherchant à travailler de différentes manières; des vieux usés; des jeunes à la poitrine déjà défoncée par tous les liquides corrosifs buvables; des vagabonds habitués à coucher dans les terrains vagues durant l'été; tous connaissaient cette maison, où l'on trouvait un lit, pour dix centins, ou où l'on mangeait à sa faim, pour quelques sous." (Le Monde Illustré, 26 janvier 1889)

Publicité de la cantine Joe Beef
L'ordre, 26 novembre 1870

Viande, pain et fromage mature

"Le menu de Joe Beef n'a aucune similitude avec celui des autres restaurants de la ville. La carte du déjeuner ressemble à celle du dîner et celle du souper est absolument semblable aux deux autres. Jambon fumé, boeuf salé ou bouilli, du fromage fort et du pain. Pour cinq cents, les habitués en mangent à bouche que veux-tu. Les pensionnaires, moyennant 10 cents, ont le couvert et le déjeuner." (La Gazette de Sorel, 21 mars 1876)

"Au fond de la cantine, il y avait le plus gros amoncellement de pain qu'on pouvait trouver à Montréal. Joe Beef achetait tout ce qu'on pouvait lui apporter de pain chaque jour. (...) Il achetait tous les jours 200 livres de viande. Il ne refusait jamais un repas à un pauvre." (La Patrie 22 mai 1938)

McKiernan semble particulièrement fier de sa sélection de fromages. Ses annonces publicitaires mentionnent souvent "fromage grouillant" ou "cheese in full marching order"! "Il nous montra ensuite une trentaine de fromages qui avaient subit les outrages du temps, des fromages grouillants, exhalant une odeur des plus fortes." (La Gazette de Sorel, 21 mars 1876)

Beaucoup d'alcool

L'alcool coule à flot à la cantine de Joe Beef: "Les habitués de la cantine absorbent en moyenne le contenu de huit barriques de bière par semaine. Chaque barrique contient soixante gallons, soit en tout 480 gallons qui donneraient 7200 verres à 5 cents. D'après ce calcul, la vente de bière seule dans la cantine de Joe met $360 par semaine dans sa caisse. Le débit des autres boissons est à peu près égal." (La Gazette de Sorel, 21 mars 1876). 

En parcourant les journaux de l'époque, on constate que McKiernan a dû payer une amende pour avoir vendu de l'alcool un dimanche (The Daily Witness, 22 août 1872) , pour avoir vendu de l'alcool à un mineur âgé de moins de 16 ans (The Evening Star, 6 mars 1872), etc.

Le dortoir

Le dortoir est situé au troisième étage. Environ 125 couchettes en fer ou en bois sont réparties  dans 22 chambres. Les conversations à voix haute sont strictement interdites, et pas question de demeure au lit après 7 heures le matin.  "S'il arrivait chez lui un pensionnaire dont la propreté était plus que problématique et dont la tête était "colonisée", il lui faisait prendre un bain avant de lui permettre d'aller dans les dortoirs. Le bain était placé à l'entrée de la buvette. Après le bain, Joe Saupoudrait le corps de son pensionnaire avec une poudre jaune contenue dans une poivrière aux proportions gigantesques." (La Patrie, 22 mai 1938)

Un squelette humain!

"Au centre se trouvait, à demi masqué par les loques enfumées d'un vieux drapeau britannique, un squelette humain dont le crâne était complètement noirci par le long séjour qu'il avait fait dans la cantine. Ce squelette était vêtu d'un uniforme rouge de volontaire et portait des insignes d'Odd Fellows. Joe Beef prétendait que ce squelette était celui d'un de ses anciens clients, un prêcheur de tempérance, qui s'était noyé dans les eaux du canal Lachine. Sur l'une des appliques du gaz, il y avait un autre fragment de corps humain tout couvert de crasse. Le cantinier disait que ces ossements avaient appartenu à feu sa belle-mère." (La Patrie, 22 mai 1938)

La ménagerie

Le rez-de-chaussée comporte également une ménagerie où résident quelques animaux sauvages: trois ours, deux "chats-tigres", un bison capturé dans les plaines du Nouveau-Mexique, un petit singe...

Publicité de la Cantine Joe Beef présentant quelques-uns des animaux:
Wildcat Jinney, Buffalo Tom, Big Bear Joe et Poor Little Minney
(Musée McCord Stewart Montréal) 

Au moins un des ours buvait une quantité appréciable de bière, au grand plaisir des visiteurs.

Le Daily Witness du 7 avril 1873 rapporte qu'un dénommé Walter Sherman a été hospitalisé après avoir été gravement blessé par l'ours de Joe Beef.  

La Patrie du 22 mai 1938 parle d'un visiteur originaire de Toronto dont le nez aurait été en partie arraché par un des chats-tigres.

La Presse du 29 avril 1889 rapporte que suite à la mort de Joe Beef, le détective Joseph Gladu a dû abattre ses trois ours, jugés "inutiles et dangereux".

Un colosse au grand coeur

Pour en revenir à Charles McKiernan lui-même, on mentionne souvent sa force herculéenne:

"Joe a un torse magnifique et ferait un excellent modèle pour les formes plastiques.  Le négligé de sa toilette, un pantalon en coutil retenu par une ceinture militaire, une chemise blanche dont les manches sont retroussées jusqu'au milieu de l'humérus, nous laissaient voir le développement extraordinaire de ses muscles. " (La Gazette de Sorel, 21 mars 1876)

"On peut constater la force de Joe Beef par ce fait de notoriété universelle. Un jour Joe Beef parlait à son préposé au bar; un client faisait du chahut; sans le regarder, sans discontinuer de parler au préposé, Joe atteignit le client coléreux et l'envoya au pays des rêves rien qu'à lever le bras. Puis il continua à parler, sans même regarder sa victime." (La Patrie, 22 mai 1938)

Ce colosse pouvait se montrer violent  (L'Evening Star du 23 octobre 1873 rapporte qu'il a dû débourser une amande de $10 après avoir battu un de ses employés), mais il pouvait également faire preuve d'une grande générosité.  Par exemple, en 1877, pendant la grève des ouvriers du Canal Lachine, il avait offert gratuitement 3000 gros pains et 500 gallons de soupe pour nourrir les grévistes.

"Sous une apparence grossière, le dompteur de bêtes sauvages avait un coeur d'or. C'était un philanthrope, que pleurent aujourd'hui des milliers de malheureux, d'êtres dépravés, de misérables abrutis, dont la reconnaissance et les meilleurs sentiments se ravivaient pour leur protecteur. Il savait un ascendant magique sur cette population dangereuse et, au milieu de l'établissement où se faisait la gargotte commune, Joe régnait comme un roi." (La Presse, 16 janvier 1889)


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D'autres personnages québécois hors du commun:

 

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Explosion d'une usine d'explosifs à Hull (1910)

Le 8 mai 1910, une usine de produits explosifs de Hull prend feu et explose, causant la mort de 11 personnes, faisant quelques dizaines de blessés graves et causant d'importants dégâts matériels.

La Patrie, 9 mai 1910

La General Explosives Company of Canada s'était installé à Hull, près de la rive ouest du Ruisseau de la Brasserie, à peine quatre ans plus tôt. Bien conscient du danger que représentait cet usine pour les citoyens qui habitaient à proximité, le conseil municipal avait tenté d'obliger la compagnie à s'installer hors des limites de la ville. L'affaire s'était retrouvée devant les tribunaux, mais la compagnie était parvenue à convaincre le juge que ses installations ne représentaient pas le moindre danger pour la population.

Le 8 mai 1910 en fin d'après-midi, un incendie se déclare dans les installations de l'usine, qui sont désertes puisqu'il s'agit d'un dimanche (le gérant de la compagnie, Christie Lafranchise a même déclaré que personne n'avait travaillé sur les lieux depuis trois semaines).  Le journaliste de La Patrie parle d'un feu allumé par des enfants qui jouaient avec des allumettes, mais il est difficile de savoir s'il s'agit d'un fait vérifié ou d'une simple rumeur. 

Les pompiers sont appelés sur les lieux, et constatent qu'ils ne seront pas en mesure d'éteindre l'incendie ("Il aurait fallu trois mille pieds de boyau pour jeter de l'eau sur le brasier", d'après le chef Alphonse Tessier). Ils tentent d'éloigner les nombreux curieux attirés par l'incendie (plusieurs de ces personnes assistaient à une partie de baseball qui vient tout juste de prendre fin à proximité de l'usine).

Une première explosion survient, relativement peu puissante, mais elle est bientôt suivie de deux autres explosions qui sont beaucoup plus violentes. Les lourds blocs de pierre qui forment les épais murs de l'usine sont propulsés dans toutes les directions.

Explosion de l'usine d'explosifs
(La Presse, 9 mai 1910)

L'explosion a été entendue jusqu'à Wakefield, plus de 30 km plus loin. Des résidents d'Ottawa ont cru qu'il s'agissait d'un violent tremblement de terre, ou même qu'un morceau de la comète de Halley venait de tomber au sol! Les vitrines des commerces de Hull et d'Ottawa on volé en éclat, et des témoins ont affirmé que certaines pierres avaient été projetées jusqu'à Pointe Gatineau, 5 km plus loin.


Illustrations montrant la mort de (1) Ferdinand Lorrain et (2) des soeurs Carrière.
(5) Les cadavres à la morgue.
(3), (4), (6) maisons endommagées par les débris de l'explosion.
(La Patrie, 9 mai 1910)

La rue Chaudière, à 500 mètres de l'explosion, est dévastée: les maisons sont lourdement endommagées par des projectiles de diverses tailles.

Huit personnes meurent sur le coup, violemment frappées par de lourdes pierres et une trentaine d'autres sont blessées (trois d'entre elles ne survivront pas à leur blessures).

Amélia et Rosalie Carrière meurent alors qu'elle sont attablées à l'intérieur de la maison familiale: une lourde pierre ayant fracassé le toit de la maison.

La pièce où sont décédées Amélia et Rosalie Carrière
(La Presse, 9 mai 1910)

Onze résidents de Hull trouvent la mort lors de ce sinistre:

  • Théodore Gagné, 31 ans, marié et père de trois enfants.
  • Ferdinand Laurin, 28 ans marié et père de 4 enfants.
  • Willie Sabourin, 24 ans, marié sans enfants.
  • Louis McCann, 16 ans.
  • Donat Fabien, 13 ans.
  • Antoine Servant, 12 ans.
  • Amélia Carrière, 15 ans.
  • Rosalie Carrière, 12 ans.
  • Patrick Blanchfield 65 ans (décès annoncé le 10 mai 1910).
  • George Coleman, 19 ans (décès annoncé le 24 mai 1910).
  • Arthur Garneau, 26 ans (décès annoncé le 24 mai 1910).

Carte postale (Source: Banq)

Les funérailles d'Amélia Carrière, Rosalie Carrière, Louis McCann, Théodore Gagné, Ferdinand Laurin, Antoine Servant et Donat Fabien eurent lieu le 11 mai 1910. Les six corbillards étaient suivis d'un cortège constitué de 3000 personnes.


La Presse, 11 mai 1910


L'enquête du coroner Lyster prend fin le 13 mai 1910. Sans tenir la compagnie criminellement responsable du décès des neuf victimes, le jury la considère coupable d'imprudence pour avoir placé les détonateurs à proximité du dépôt d'explosifs. Le Jury a recommandé des amendements à la loi afin qu'aucun magasin ou usine d'explosifs ne soit toléré dans les limites d'une ville ou d'un village. (L'action sociale, 16 mai 1910)
 
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L'éclipse totale de 1932

Dans l'après-midi du 31 août 1932, plusieurs localités du Québec se trouvent dans la trajectoire d'une éclipse complète de soleil. Malheureusement, un ciel nuageux frustrera de nombreux observateurs.


Le Soleil, 1er septembre 1932


Ça fait plus de trois cent ans
Qu'on entend dire les savants
Que l'éclipse devait avoir lieu
En dix-neuf-cent-trente-deux
À Quatre Heures de l'après-midi
Il faisait noir comme la nuit
Les lumières sont allumées
Tout le monde se mit à crier "Hé! Hé!"
("As-tu Vu l'Éclipse", chanson de La Bolduc)

Les médias québécois parlent de l'éclipse plusieurs semaines à l'avance. Montréal se trouve à la limite de la zone de totalité. Les localités de Parent, Sorel et Magog sont des sites d'observation particulièrement recommandés puisqu'ils se situent en plein centre de la zone de totalité (c'est à Parent, "situé sur la ligne Transcontinentale du Canadien National", que l'éclipse totale durera le plus longtemps, soit 102 secondes).


Carte montrant la zone de totalité de l'éclipse
Le Soleil, 26 juillet 1932

Des équipes de chercheurs en provenance du monde entier installent leur équipement à différents endroit. Des savants de l'université Cambridge s'installent à Magog, une équipe française choisit plutôt Louiseville, alors que les professeurs de l'Université de Montréal se contentent de monter leur matériel sur le toit de leur institution.

Scientifiques européens arrivés à Montréal afin d'observer l'éclipse,
photographiés à l'entrée de l'hôtel Windsor. (La Presse, 29 juillet 1932)



L'équipe du Dr J.-E. Gendreau, professeur de physique à la Faculté des sciences
de l'Université de Montréal.  (La Presse, 31 août 1932)




Un intérêt des éclipses totales, c'est que pendant que la photosphère est occultée par la lune, il devient possible d'observer la couronne solaire et de déterminer sa composition au moyen d'un spectromètre. À l'époque, on sait depuis longtemps que le soleil est essentiellement composé d'hydrogène et d'hélium, mais depuis la fin du XIXe siècle on s'interroge sur la signification exacte de certaines raies spectrales, qui pourraient bien être causées par un gaz inconnu sur terre, qu'on a baptisé coronium (on ne le sait pas encore, mais il sera établi dans les années suivantes que ce qu'on croyait être un nouveau gaz est en fait du fer hautement ionisé). À cet effet, les scientifiques français sont impatients d'utiliser le coronographe qu'ils ont récemment mis au point.

On désire aussi profiter de l'événement pour étudier l'effet de l'éclipse sur les transmissions radiophoniques. Il est toutefois hors de question de vérifier à nouveau la théorie de la relativité d'Einstein, comme on l'avait fait lors de l'éclipse de 1919, à cause de l'absence d'étoiles suffisamment brillantes à proximité du soleil au moment de l'éclipse.


Le Nouvelliste, 29 août 1932

En ce qui concerne la population générale, on leur recommande d'éviter de regarder vers le soleil sans protection: il faut plutôt utiliser des verres fumés "très foncés".  Le jour de l'éclipse, un incendie se déclare dans un hangar de Limoilou: "Nous fumions des verres pour voir l'éclipse, mais nous avons échappé la chandelle allumée", déclarent aux pompiers les enfants qui ont sonné l'alarme.

On peut aussi investir 10 cents dans l'achat d'un "Éclipse-O-Scope".

La Presse, 25 août 1932


Le Canada, 1er septembre 1932

Malheureusement, le 31 août 1932, la météo n'est pas tellement favorable à l'observation d'une éclipse. À Montréal, les foules rassemblées dans des parcs et sur des toits sont témoins de la troublante période d'obscurité totale en plein jour, mais des nuages empêchent l'observation directe du phénomène.

Famille observant l'éclipse à Montréal
(La Presse, 1er septembre 1932)

Depuis le toit de l'université de Montréal, le docteur Ernest Gendreau décrit en direct à la radio de CKAC les différentes phases de l'éclipse, mais la majeure partie de ce qu'il décrit demeure invisible à cause des nuages.

Le Dr. Ernest Gendreau, professeur de physique de l'Université de Montréal.
(La Presse, 1er septembre 1932)

Sept avions ont décollé de l'aéroport St-Hubert et son montés au-dessus des nuages spécialement pour photographier l'éclipse. À bord d'un de ces avions, D.P.R. Coats décrit soigneusement tout ce qu'il observe, au bénéfice des auditeurs de la station de radio CFCF. Ce n'est qu'à son retour au sol qu'on lui apprend que sa description n'a jamais été captée!


Le Nouvelliste, 1er septembre 1932

700 montréalais qui se sont rendu à Sorel à bord d'un train spécial du Canadien National observent l'éclipse dans un ciel dégagé. Les 1000 passagers du navire "Le Richelieu" de la Canada Steamship, parti de Montréal en début d'après-midi, jouissent du même privilège. 

La Tribune de Sherbrooke mentionne que les citoyens de Gould, Bury et Scotstown, en Estrie, ont pu observer l'éclipse dans des conditions idéales. 

Les scientifiques français installés à Louiseville profitent d'un ciel dégagé, les nuages s'étant dissipés juste avant le moment de l'éclipse totale. Les astronomes britanniques qui s'étaient installés à Magog et à Parent n'ont pas cette chance.

Les conditions atmosphériques ont été assez bonnes à Québec et à Ottawa, mais l'éclipse n'y était que partielle.

 

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Un visiteur dévoré par les ours polaires au zoo de Charlebourg (1939)

Le 3 juillet 1939, le Dr. Joseph Germain de Rimouski est tué par les ours polaires du jardin Zoologique de Charlesbourg. 

Le Soleil, 4 juillet 1939

Le Dr. Joseph Germain, 53 ans, officier médical de l'unité sanitaire de Rimouski, est en visite pour quelques jours à Québec, chez des membres de sa famille, lorsqu'il visite le jardin zoologique de Charlesbourg en fin d'après-midi le 3 juillet 1939. Il est alors accompagné de sa fille Jeannine, 23 ans, de son fils Paul, 14 ans, de son neveu Maurice Paquet et de Rock Lechasseur, 16 ans, un voisin Rimouskois.

Le Dr. Joseph Germain
(Le Progrès du Golfe, 7 juillet 1939)

Le jardin zoologique de Charlesbourg a été inauguré en 1931.  Trois ours polaires capturés dans le grand nord canadien ont  été acquis par le zoo à l'automne 1936, et ils en constituent l'une des principales attractions.

Un peu avant 18h, le Dr. Germain et les jeunes qui l'accompagnent se trouvent devant la cage des ours polaires. Une barrière constituée de 2 barres métalliques horizontales délimite une zone de sécurité large de 6 pieds (1,8 mètre) sur tout le pourtour de la cage. Ignorant les enseignes qui interdisent aux visiteurs de s'aventurer au-delà de cette barrière, le Dr. Germain la traverse et s'approche des barreaux de la cage afin de lancer des arachides en direction des ours.

Les trois ours polaires du jardin zoologique de Charlebourg en 1939
(Le Progrès du Golfe, 14 juillet 1939)

Un des ours profite de l'occasion pour agripper le poignet droit du Dr. Germain. Il fait passer son bras entre deux barreaux de la cage, et l'emprisonne dans sa puissante mâchoire. Pendant que le Dr. Germain se débat pour tenter de se libérer, un deuxième ours s'en prend à sa jambe gauche.

Paul Germain et Maurice Paquet tentent de venir en aide au Dr Germain en frappant les ours à coup de pieds et de bâtons, et en leur lançant du sable dans les yeux. Les deux ours finissent par s'éloigner, mais il est trop tard. Le Dr. Germain a les deux bras arrachés, et une partie substantielle de sa jambe gauche a été dévorée. Il meurt dans les minutes suivantes.

L'enquête du coroner présidée par le Dr. Paul V. Marceau a lieu sur place le soir même; ce n'est qu'ensuite, vers minuit, que les restes du Dr. Germain sont transportés à la morgue. La conclusion de l'enquête est que la victime est morte d'un choc traumatique dû à de  multiples blessures qu'elle a subies après avoir été happée accidentellement par les ours, au moment où elle voulait les nourrir contrairement aux règlements. On recommande aux autorités du parc d'avoir un plus grand nombre de gardiens afin de mieux protéger les visiteurs.

Les obsèques du Dr Germain eurent lieu à Rimouski le 6 juillet 1939.

 

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À lire également:

  • À Montréal en 1895, Ovide Desjardins est accidentellement poignardé à mort pendant une représentation théâtrale de son école.

 

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La petite martyre de la rue Lafontaine (1911)

Au Québec, l'histoire d'Aurore Gagnon, martyrisée à mort par sa belle-mère, est bien connue grâce aux deux films à succès qui lui ont été consacré. Plus récemment, la population a été horrifiée par le drame de la "fillette de Granby". Dans l'affaire beaucoup moins célèbre de la petite Blanche Hamelin, survenue à Montréal en 1911, les autorités sont intervenues juste à temps pour lui sauver la vie.

La Presse, 8 juin 1811

Le 7 juin 1911, suite à l'intervention de voisins, Louis Desautels et Diana Lecompte sont mis en état d'arrestation en raison des mauvais traitements infligés pendant plusieurs mois à la petite Blanche Hamelin, 9 ans. On leur reproche de l'avoir violemment battue à coups de poings, de pieds, de tisonnier, et de poêle à frire, et de lui avoir arraché une épaisse touffe de cheveux. Le Dr. J. N. Picotte, médecin de la police, atteste la présence de 32 graves contusions sur tout le corps de la fillette.

Blanche Hamelin (ou Lemelin) est orpheline de père. En 1905, sa mère Diana Lecompte (32 ans) s'est remariée avec Louis Desautels (46 ans), avec qui elle a eu quatre autres enfants.

Blanche était obligée de s'occuper de l'entretien de la maison familiale et de veiller sur ses quatre frères et soeurs. Ses parents la battaient lorsqu'ils étaient insatisfaits de son travail.

"Dimanche dernier, par exemple, raconte l'enfant, pendant que sa mère la battait à bras rabattus avec un tisonnier, son père la tira tellement fort par les cheveux qu'il lui en arracha une épaisse couette. Plus elle criait, plus on la battait" (La Patrie, 8 juin 1911).

Le jour de l'arrestation des parents, Blanche est recueillie par l'Assistance Publique en compagnie d'un de ses frères, âgé de 6 ans. Un bébé âgé de 4 mois est transporté à l'hôpital Sainte-Justine pour des soins urgents, car on considère que sa vie est en danger. Les deux autres enfants de la familles, absents au moment de l'arrestation, seront retrouvés le lendemain: ils avaient été recueillis par un voisin.

Le 9 juin 1911, quelques témoins comparaissent lors de l'enquête. 

"Mme Wilfrid Béchard, 473 de la rue Champlain, qui a déjà pensionné chez les époux Desautels, déclara qu'en une occasion elle a vu la femme Desautels frapper la fillette sur la tête avec une poêle à frire. En une autre occasion, la mère dénaturée, s'armant d'un couteau à pain, en frappa son enfant qui porte encore la cicatrice de la blessure." (La Presse, 9 juin 1911)

Le procès est retardé de quelques semaines car la gravité des blessures de Blanche Hamelin nécessitent son hospitalisation à l'hôpital Sainte-Justine. Pendant un certain temps, on craint pour sa vie.

Blanche Hamelin, Diana Lecompte et Louis Desautels lors du procès
La Patrie, 27 juillet 1911

Le 27 juillet 1911, Louis Desautels et Diana Lecompte sont condamnés par le juge Choquet à 10 ans de pénitencier. 

"Vous me demandez de n'être pas sévère après ce que je viens d'entendre, afin de protéger vos enfants qui manqueront de pain si vous êtes incarcéré trop longtemps. Je considère que je manquerais gravement à mon devoir si je ne l'était pas. Vous, Désautels, vous avez été trop mou pour empêcher votre femme de battre son enfant. Non seulement vous ne la protégiez pas contre son excès de colère, mais vous la battiez vous-même. Vous, madame, vous avez agi comme une brute vis-à-vis cette fillette. Vous avez vous-même démontré ici, par vos paroles, que vous aviez un caractère tel que l'on ne peut pas laisser des enfants sous vos soins, car vous n'êtes pas digne d'être une mère de famille. Vous m'avez demandé de protéger vos enfants. Je vais les protéger contre vous deux. Vous passerez les deux prochaines années de votre vie au pénitencier." 

Juge François-Xavier Choquet, rapporté dans La Patrie, 27 juillet 1911.

Le Canada, 3 août 1911

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Le tragique avortement de Dorila Germain (1927)

Le 1er juillet 1927, Dorila Germain, 19 ans, meurt à Montréal suite à un avortement clandestin.

L'Autorité Nouvelle, 3 juillet 1927

Native de Saint-Raymond de Portneuf, Dorila Germain, âgée de 19 ans, travaille comme servante chez Gaston D'Auteuil, un plombier de la ville de Québec. Après avoir appris que sa jeune employée est enceinte, D'Auteuil l'accompagne à Montréal le 24 juin 1927 et la confie à Isabella McAuley. Le plan consiste à lui faire subir un avortement, après quoi elle pourra discrètement revenir à Québec sans avoir à subir l'humiliation et l'ostracisation qui découlent d'une grossesse hors-mariage.

Le 28 juin, Isabella McAuley conduit Dorila Germain au cabinet du Dr. Oscar Dunn Duckett, puis retourne chez elle après que Dorila Germain lui ait confirmé que le médecin consent à effectuer l'opération.

Le lendemain soir, le Dr. Duckett appelle son collègue, le Dr. Ernest Douglas Aylen, car sa patiente souffre de complications. Malgré leurs efforts pour la sauver, Dorila Germain décède le 1er juillet 1927. Une autopsie pratiquée par le Dr. Wilfrid Delorme indique que le décès a été causé par une péritonite généralisée.

La Presse, 20 juillet 1927

Au départ, les deux médecins sont tenus criminellement responsables du décès de Dorila Germain. Le Dr. Aylen, toutefois, est rapidement acquitté dès l'enquête préliminaire, le 23 juillet, puisque tous les témoignages indiquent qu'il n'a pas participé à "l'opération illégale".

La Presse, 23 juillet 1927

Le Dr. Duckett, de son côté, prétend que la victime s'est présentée à son cabinet après avoir déjà subi un avortement pratiqué par quelqu'un d'autre, et que son rôle s'est limité à la soigner suite à cette opération. Cette version des faits est contredite par Isabella McAuley, qui assure que Dorila Germain était en parfaite santé lors de son arrivée au cabinet du Dr. Duckett, et qu'elle s'y est présentée dans le but de subir un avortement.

Le 1er octobre 1927, le Dr Oscar Dunn Duckett est trouvé coupable d'homicide involontaire. 

La Patrie, 1er octobre 1927

 

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Le faux chèque d'Alphonse Hamel (1904)

Au mois de novembre 1904, le chef de police Silas H. Carpenter ramène à Montréal D. Alphonse Hamel, ancien payeur de la Corporation de Montréal, qui s'était enfui à Cuba après avoir encaissé un faux chèque d'environ $10 000.


Le Journal, 12 mars 1904

Âgé de 42 ans, D. Alphonse Hamel occupait depuis 14 ans la fonction de payeur de la Corporation de Montréal. Le comptable de formation avait pour tâche principale la gestion du paiement du salaire des journaliers et des contremaîtres à l'emploi de la ville de Montréal.


D. Alphonse Hamel
(Source: "Histoire de la Corporation de la Ville de Montréal", par J. Cléophas Lamothe, 1903)

Le vendredi 4 mars 1904, Hamel est suspendu de ses fonction pour cause d'ivresse au travail. Le lundi suivant, il se présente au comptoir de la Banque de Montréal pour encaisser un chèque au montant de $9985. Même s'il s'agit d'une somme considérable pour l'époque,  l'événement n'éveille aucun soupçon, étant donné le poste de payeur occupé par Hamel. De plus, le chèque semble comporter toutes les signatures requises, à savoir celle de William Robb, trésorier de la Cité, celle de Justinien Pelletier, assistant-contrôleur, et celle de Joseph P. Hewitt, caissier de la Cité.


De gauche à droite: William Robb, Justinien Pelletier et Joseph P. Hewitt, dont les signatures ont été imitées sur le chèque encaissé par Alphonse Hamel.
(Source: "Histoire de la Corporation de la Ville de Montréal", par J. Cléophas Lamothe, 1903)


Ce n'est que quelques jours plus tard qu'on constate la supercherie: un blanc de chèque a été retiré de son livret,  les trois signatures ne sont que d'habiles imitations et Alphonse Hamel est désormais introuvable!


Le chèque frauduleusement encaissé par Hamel
(Source: The Montreal Daily Witness, 15 novembre 1904)

Nul autre que Silas H. Carpenter, chef de la sûreté de Montréal, se lance à la poursuite de Hamel. Il tente d'abord d'intercepter le fugitif à New York mais, une fois sur place, il constate que Hamel s'est déjà embarqué dans un paquebot en partance pour La Havane.


Silas H. Carpenter
(Source: Album universel, Vol. 19, no 31, 29 novembre 1902)

En septembre 1904, le chef Carpenter se rend à Cuba dans le but d'arrêter Alphonse Hamel. Cependant, il n'existe pas de traité d'extradition entre Cuba et le Canada. Hamel utilise désespérément tous les recours juridiques qui pourraient lui permettre d'éviter un retour forcé à Montréal. L'affaire se rend jusqu'en Cours Suprême de la Havane

C'est finalement en novembre 1904 que Silas H. Carpenter peut escorter Hamel pour qu'il subisse son procès à Montréal. Le chef Carpenter aura passé plus de 2 mois à Cuba, et on raconte que le climat de l'endroit a affecté sa santé!

Le 24 novembre 1904, Alphonse Hamel plaide coupable devant le juge François-Xavier Choquet. Il demande la clémence de la cour afin d'épargner sa femme et ses enfants.  Le juge réplique que rien dans le comportement d'Hamel ne montre le moindre repentir: après avoir trahi la confiance de ses employeurs, il s'est enfui à l'étranger et a dépensé la majeure partie de l'argent qu'il avait volé pour tenter d'empêcher son extradition. Alphonse Hamel est condamné à 7 ans de pénitencier, peine qu'il purgera au pénitencier Saint-Vincent-de-Paul.


Le Canada, 25 novembre 1904

L'affaire n'est pas encore complètement réglée, toutefois. Maintenant qu'il est bien établi qu'Alphonse Hamel est dans l'incapacité de rembourser ce qu'il a volé, la ville de Montréal entame des poursuites contre la banque de Montréal afin que cette dernière rembourse les $10 000 dérobés par Hamel et assume les frais de $2000 qui ont été nécessaires à son extradition. 

Emprisonné depuis deux ans, Alphonse Hamel devait témoigner le 11 septembre 1906 dans le cadre de ce procès, qui n'aura finalement pas lieu, les deux parties préférant négocier un compromis.


Yves Pelletier (Facebook, Mastodon)

 

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